Le débat sur Parcoursup est loin d’être cantonné à la seule contestation étudiante : pour El Mouhoub Mouhoud, président de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL), la crise actuelle illustre surtout des problèmes structurels de l’enseignement supérieur qui demandent des moyens et des réformes, et non la simple suppression de la plateforme.
Un système à deux vitesses, selon PSL
Invité de franceinfo, l’économiste et dirigeant d’un grand regroupement d’établissements — qui comprend notamment l’École normale supérieure, le Collège de France et les Mines — a dressé un constat sévère : l’offre de formation française se caractériserait, selon lui, par un décalage entre des filières très sélectives et des parcours universitaires massifiés où les taux d’échec restent élevés. Il évoque notamment un taux d’échec en licence pouvant atteindre 40 %.
« Parcoursup n'est que le reflet de problématiques plus sérieuses »
Pour El Mouhoub Mouhoud, la plateforme concentre des tensions préexistantes et n’en est pas l’origine unique. Plutôt que de chercher à fermer l’accès aux études, il plaide pour un renforcement des capacités du système et une meilleure adaptation des trajectoires pédagogiques aux jeunes candidats.
Des propositions concrètes : investissements, transparence et parcours préparatoires
Le président de PSL avance plusieurs orientations :
- augmenter les moyens alloués à l’enseignement supérieur ;
- rendre la sélection et les critères d’évaluation plus lisibles pour réduire l’angoisse des candidats ;
- faciliter les voies de recours ;
- diversifier l’offre en créant de nouvelles formations et des parcours préparatoires pour les jeunes qui n’ont pas encore toutes les compétences requises pour réussir dans le supérieur.
Il défend par ailleurs l’idée d’ouvrir davantage l’accès aux filières sélectives : selon lui, on pourrait accroître le nombre de places disponibles dans ces formations de l’ordre de 15 à 20 % sans faire de concession sur les exigences de qualité.
Investir plutôt que restreindre
Le message central est politique et budgétaire : il s’agit d’augmenter l’effort national en faveur de l’éducation. Le président de PSL rappelle une perte de moyens passée, pointant une baisse estimée à 1,2 point d’effort d’éducation (formulation rapportée lors de l’entretien) qui, selon lui, a pesé sur les capacités d’accueil et d’accompagnement.
Cette approche contraste avec les discours appelant à l’abrogation pure et simple de Parcoursup, largement relayés par des organisations étudiantes mobilisées ces dernières semaines. Pour Mouhoud, abroger la plateforme sans traiter les causes profondes — manque de places, insuffisance d’encadrement, inégalités entre filières — ne résoudrait pas la crise du supérieur.
Conséquences et points d’attention
Les propositions formulées par le président de PSL touchent à des leviers concrets qui exigeraient des décisions politiques et des moyens budgétaires. Elles soulèvent aussi des questions opérationnelles : qui financera l’ouverture de nouvelles places et de parcours préparatoires ? Comment garantir une plus grande transparence des critères de sélection sans uniformiser des pratiques pédagogiques très diverses ?
| Chiffre ou proposition | Donnée citée |
|---|---|
| Taux d'échec en licence | 40 % (mentionné par El Mouhoub Mouhoud) |
| Proposition d'ouverture des filières sélectives | +15 à 20 % de places possibles, selon lui |
| Évolution de l'effort d'éducation | Perte estimée de 1,2 point |
Dans le débat public, l’appel à l’investissement formulé par un responsable d’université prestigieux comme PSL pourrait peser face aux revendications étudiantes. Reste que la mise en œuvre réclamera du temps, des arbitrages budgétaires et une coordination entre universités, formations sélectives et pouvoirs publics.
Quelle que soit l’option retenue — réforme de la plateforme, augmentation des capacités ou renforcement de l’accompagnement — les prochains mois s’annoncent décisifs pour les lycéens et les étudiants en attente d’un cadre d’orientation et de réussite plus lisible et mieux financé.