Plusieurs États du Pacifique ont choisi d’ouvrir ou de déplacer leur ambassade à Jérusalem, une décision notable alors que la plupart des missions diplomatiques auprès d’Israël demeurent à Tel-Aviv. Ce phénomène, révélé par des dépêches de l’AFP relayées par France 24, illustre l’emprise des convictions religieuses sur la diplomatie de certains petits États insulaires.
Une poignée d'États s'alignent sur le choix américain
Au début du mois, Nauru a ouvert une ambassade à Jérusalem, rejoignant la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Fidji parmi les neuf pays ayant fait ce choix. Les îles Samoa ont annoncé vouloir les imiter. Ces décisions s’inscrivent dans la continuité du geste symbolique opéré par les États-Unis en mai 2018, lorsque la Maison-Blanche a transféré l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.
Depuis ce déplacement américain, plusieurs autres pays ont emboîté le pas : le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, le Somaliland et le Paraguay, en plus des petits États du Pacifique cités.
Un choix guidé par la foi
Plusieurs observateurs interrogés par l'AFP insistent sur le rôle central de la religion dans ces décisions. L’ancienne diplomate fidjienne Salote Tagivakatini y voit avant tout un phénomène religieux :
« Le christianisme est le principal facteur sous-jacent... Environ 90% des habitants autochtones des îles du Pacifique s'identifient comme chrétiens. »
Selon elle, l’interprétation biblique — notamment l’idée d’un lien particulier entre le peuple juif et la terre d’Israël — explique que des gouvernements insulaires, parfois fortement influencés par les Églises évangéliques et par des références religieuses inscrites dans leurs constitutions, prennent position en faveur d’Israël.
Un statut juridique contesté
Le choix de Jérusalem reste toutefois controversé au plan international. Le plan de partage adopté par l’ONU en 1947 prévoyait un statut spécial et international pour Jérusalem, en raison de son importance pour les trois grandes religions monothéistes. Après la guerre de 1967, Israël a annexé Jérusalem-Est à la suite de la conquête de la Cisjordanie ; cette annexion n’est pas reconnue par l’Organisation des Nations unies.
La question du siège diplomatique n’est pas neutre : établir une ambassade à Jérusalem est perçu comme une reconnaissance implicite de la souveraineté israélienne sur la ville, ce que contestent les autorités palestiniennes et une large part de la communauté internationale.
Conséquences diplomatiques et symboliques
Pour ces petits États, les raisons pratiques ou géostratégiques semblent secondaires. Leur décision a davantage une portée symbolique et identitaire, renforçant des liens religieux et politiques avec Israël et, parfois, avec des partenaires internationaux qui soutiennent le même choix.
- Acteurs ayant installé une ambassade à Jérusalem : Nauru, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Fidji, Guatemala, Honduras, Kosovo, Somaliland, Paraguay.
- Évocation d’une intention similaire : Samoa.
- Pivot important : le déplacement de l’ambassade américaine en 2018.
| Pays | Statut mentionné |
|---|---|
| Nauru | Ambassade ouverte à Jérusalem |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | Ambassade à Jérusalem |
| Fidji | Ambassade à Jérusalem |
| Samoa | Annonce d'un projet similaire |
Le déplacement d’ambassades vers Jérusalem continue de cristalliser les débats sur le statut de la ville. Pour la plupart des États, maintenir leur représentation à Tel-Aviv reste la manière de ne pas trancher une question centrale du conflit israélo-palestinien. Pour d’autres, souvent animés par des convictions religieuses ou des calculs d’alliance, le geste est vu comme une prise de position claire et assumée.
Dans le jeu diplomatique international, ces choix — même lorsqu’ils émanent de petits États insulaires — ont une valeur symbolique qui dépasse leur poids géopolitique. Ils nourrissent les discussions sur la légitimité du contrôle territorial, sur la représentation des intérêts religieux en politique étrangère et sur la façon dont l’histoire religieuse continue d’influer sur les décisions contemporaines des États.