La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a estimé mardi que l’économie mondiale avait « mieux résisté » au choc énergétique lié au conflit iranien que ne le redoutaient les analystes, mais elle a souligné des signes préoccupants concernant la santé des finances publiques et l’évolution des marchés obligataires.
Un « bras de fer » entre choc énergétique et essor de l’IA
Lors d’un point presse en amont de la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs de banque centrale du G20, prévue la semaine prochaine à Asheville (Caroline du Nord), Kristalina Georgieva a décrit la situation mondiale comme un véritable « bras de fer » entre les effets négatifs d’un choc d’offre énergétique et les impulsions positives provenant des investissements massifs dans l’intelligence artificielle.
« un « bras de fer » s'était engagé entre le choc négatif sur l'offre d'énergie dans le Golfe et les vents favorables à la croissance portés par le boom des investissements dans l'intelligence artificielle. »
Selon la cheffe du FMI, l’essor de l’IA ne profite plus uniquement aux États‑Unis : d’autres pays multiplient les projets de centres de données et renforcent leurs capacités en matériel dédié, stimulants pour la demande de semiconducteurs et pour l’activité des pays producteurs, comme la Corée du Sud ou Taïwan.
Des facteurs d’atténuation du choc énergétique
Georgieva a attribué la moindre gravité du choc énergétique à plusieurs éléments conjoncturels et structurels qui ont permis d’amortir l’impact sur la croissance mondiale :
- le recours par de nombreux pays à leurs réserves de pétrole et de gaz ;
- une augmentation des approvisionnements énergétiques en dehors de la zone du Golfe ;
- une baisse plus marquée que prévu de la demande d’énergie ;
- un renfort des capacités en énergies renouvelables ; dans certaines régions, un retour provisoire à une plus forte production d’électricité à partir du charbon.
Mais des risques macroéconomiques qui persistent
Malgré cette résilience, le FMI pointe plusieurs sources d’inquiétude, qui pèsent sur les perspectives :
- Détérioration des finances publiques : une évolution budgétaire jugée moins soutenable dans certains pays, qui se traduit par une hausse des rendements obligataires.
- Stagnation de la désinflation : le processus de baisse des prix tend à marquer le pas dans plusieurs économies.
- Endettement et tensions commerciales : des niveaux d’endettement élevés et des frictions sur les échanges demeurent des vents contraires importants.
- Risque monétaire : la possibilité que les banques centrales prolongent une politique monétaire restrictive pour maîtriser l’inflation, au risque d’alourdir le service de la dette publique.
Ces facteurs rendent les prévisions moins certaines et augmentent la sensibilité des économies aux chocs futurs, a prévenu la directrice générale du FMI.
Conséquences pour les ménages et les décideurs
Pour les gouvernements, la combinaison d’un contexte énergétique encore fragile et d’une pression sur les marchés obligataires complique les arbitrages budgétaires. Une hausse prolongée des taux réels pèse sur le coût du financement de la dette et réduit l’espace fiscal, ce qui peut limiter les marges de manœuvre pour soutenir la croissance ou compenser les ménages vulnérables face à la hausse des prix de l’énergie.
Du côté des entreprises et des travailleurs, l’onde de choc est contrastée : l’investissement dans l’IA soutient les bénéfices et la consommation dans certains secteurs, tandis que d’autres branches exposées à l’énergie ou aux chaînes d’approvisionnement restent fragilisées. Pour la Belgique, exposée aux fluctuations des marchés européens et aux coûts d’importation d’énergie, ces dynamiques imposent de suivre de près l’évolution des taux et des prix de l’énergie à l’approche de l’hiver.
| Éléments d’atténuation | Risques identifiés |
|---|---|
| Réserves stratégiques, hausse des approvisionnements hors Golfe, baisse de la demande, renouvelables | Détérioration budgétaire, hausse des rendements obligataires, inflación persistante, politique monétaire restrictive |
La réunion du G20 à venir sera scrutée pour mesurer les réponses coordonnées possibles face à ces défis. Entre l’opportunité de croissance induite par l’IA et la nécessité de préserver la stabilité financière, les choix de politique économique à court terme pourraient déterminer le profil de la reprise pour les mois à venir.