Un recours au spatial pour vérifier la réalité des plantations
Le Kenya franchit une étape en direction d’un suivi plus rigoureux de ses forêts : le Kenya Forest Service (KFS) et la Kenya Space Agency (KSA) ont entamé le 12 août des discussions formelles pour intégrer l’imagerie satellitaire et les outils géospatiaux dans la surveillance du couvert forestier. Le but affiché est d’améliorer l’évaluation des programmes de reboisement et de disposer d’informations plus précises et actualisées sur la santé des forêts.
Des pertes qui s’accélèrent
Les chiffres récents soulignent l’urgence de la démarche. Entre 2020 et 2025, les pertes dans les forêts côtières kényanes ont doublé : 14 000 hectares ont été perdus en 2025 contre une moyenne annuelle de 6 800 hectares entre 2015 et 2020. Plus largement, le Forest Status Report 2024 estime des pertes annuelles moyennes de 84 716 hectares de forêt, auxquelles s’ajoutent 14 934 hectares de forêts dégradées.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Pertes annuelles moyennes (Forest Status Report 2024) | 84 716 ha |
| Forêts dégradées | 14 934 ha |
| Perte dans les forêts côtières en 2025 | 14 000 ha |
| Couverture forestière nationale | 8,8 % du territoire |
| Objectif Jaza Miti | 15 milliards d’arbres d’ici 2032 |
| Arbres plantés à ce jour | 1,78 milliard |
| Pertes économiques indirectes | 3 % du PIB (~534 milliards de shillings) |
Pourquoi le spatial ?
Le recours aux satellites répond à un besoin précis mis en évidence par les autorités et les experts : distinguer l’activité de plantation de la survie effective des plants. Les données d’observation de la Terre offrent la possibilité :
- de cartographier le couvert végétal avec une fréquence et une résolution inaccessibles aux seuls relevés de terrain ;
- d’identifier les zones où les plants ne survivent pas et d’adapter les interventions ;
- d’évaluer les progrès des programmes nationaux de reboisement tels que Jaza Miti.
Un contexte politique et économique lourd
La couverture forestière du Kenya reste inférieure au seuil fixé par la Constitution de 2010, qui prévoit au moins 10 % du territoire sous forêt : aujourd’hui, elle est de 8,8 %. Outre la valeur écologique, la déforestation a un coût économique significatif. Les pertes indirectes liées à la régulation de l’eau, à la protection des sols et à la production agricole sont estimées à 3 % du PIB, soit environ 534 milliards de shillings.
Le défi de la donne des chiffres
Le programme national Jaza Miti vise à planter 15 milliards d’arbres d’ici 2032 ; selon le secrétaire principal du ministère des Forêts, 1,78 milliard d’arbres ont déjà été plantés. Mais les autorités et les spécialistes soulignent la différence entre le nombre d’arbres plantés et le nombre d’arbres survivants. C’est précisément sur ce point que l’imagerie satellitaire peut apporter un élément de vérité indépendant et systématique, en permettant des vérifications régulières et spatialisées.
Ce que cela implique pour l’avenir
Le rapprochement entre institutions forestières et agences spatiales illustre une tendance globale : l’usage croissant des technologies spatiales pour la gestion des ressources naturelles et la surveillance environnementale. Pour le Kenya, l’enjeu est double : améliorer la fiabilité des bilans forestiers et mieux cibler les actions de terrain pour que les plantations se traduisent réellement par un gain de couvert et de services écosystémiques.
À Forest, comme ailleurs en Europe, ces développements technologiques suscitent un intérêt croissant : ils montrent comment l’observation satellitaire devient un outil concret pour vérifier les politiques publiques et mesurer l’impact réel des programmes de reforestation à grande échelle.