Le renvoi au Parlement de la loi encadrant un éventuel référendum constitutionnel en République démocratique du Congo est interprété par l'analyste politique Christian Moleka comme une manœuvre du président Félix Tshisekedi destinée à conserver la main sur le calendrier politique. Intervenant lors d'un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, M. Moleka a livré une lecture du rapport de force établi depuis le mois de mai entre le pouvoir et l'opposition.
Un rapport de force recomposé depuis mai
Selon l'analyste, l'opposition a réussi, à partir de mai, à imposer un rapport de force auquel la majorité avait initialement sous‑estimé son potentiel. La « ville morte » de mai, suivie d'un sit‑in en juin devant le Palais du peuple, n'ont pas seulement montré une capacité de mobilisation intérieure : elles ont aussi, estime M. Moleka, permis à l'opposition de restaurer sa crédibilité à l'international. À un moment où certains partenaires étrangers jugeaient l'opposition divisée et peu influente, ces actions ont changé la perception extérieure et renforcé la position des opposants.
De la confrontation à la temporisation politico‑diplomatique
Ce rééquilibrage du rapport de forces aurait contraint la majorité à modifier sa méthode. Plutôt qu'une réponse uniquement répressive ou frontale, le pouvoir privilégierait désormais une stratégie de temporisation politico‑diplomatique : retarder et diluer le débat afin de conserver la capacité d'activer ultérieurement son projet de changement constitutionnel ou de référendum.
« République des affaires »
M. Moleka explique que l'enjeu n'est plus tant d'imposer le principe d'un dialogue — sur lequel toutes les parties semblent aujourd'hui d'accord — que d'en maîtriser la temporalité et l'agenda. Le renvoi de la loi sur le référendum au Parlement s'inscrirait dans cette logique : offrir un signal d'apaisement tout en gagnant du temps.
- Le renvoi au Parlement donne au pouvoir une période supplémentaire pour manœuvrer avant toute décision finale.
- La session parlementaire citée s'étend du 15 septembre au 15 décembre, soit près de trois mois durant lesquels le débat peut être modulé.
- Le projet de changement constitutionnel, selon l'analyste, n'est pas abandonné mais suspendu et redeviendra une option politique selon l'évolution du rapport de force.
Conséquences politiques immédiates
Le choix du pouvoir de renvoyer le texte traduit une double logique : d'une part, fournir un gage d'ouverture et d'apaisement face à une opposition et à une opinion nationale et internationale attentives ; d'autre part, tirer parti des délais parlementaires pour infléchir, discuter ou retarder l'agenda législatif. Pour l'analyste, il s'agit d'une démarche opportuniste, destinée à préserver la capacité d'action du chef de l'État si les conditions redeviennent favorables.
| Période | Fait politique |
|---|---|
| Mai | Ville morte, début du recomposition du rapport de force |
| Juin | Sit‑in devant le Palais du peuple |
| 15 sept. – 15 déc. | Session parlementaire évoquée comme fenêtre de manœuvre |
En filigrane, l'analyse montre combien la temporalité institutionnelle — sessions parlementaires, calendrier diplomatique, perception internationale — peut être instrumentalisée pour façonner l'issue politique. Le renvoi de la loi sur le référendum illustre ainsi une stratégie plus subtile que la confrontation ouverte : gagner du temps pour garder la possibilité d'imposer ultérieurement un changement constitutionnel, tout en faisant porter à la partie adverse l'attaque sur la recherche d'apaisement.
Reste à savoir comment l'opposition et les partenaires internationaux interpréteront cette temporisation et si, d'ici l'ouverture de la session parlementaire, le rapport de force évoluera de nature à modifier durablement la trajectoire du projet constitutionnel.