Une note de l'inspection générale des finances et des affaires sociales, publiée discrètement fin juillet, dresse un panorama de pistes permettant au gouvernement de réaliser des économies sur les prestations sociales en vue du budget 2027. Selon ce document, l'exécutif pourrait dégager environ 3 milliards d'euros d'économies à court terme, et plus de 4 milliards d'euros sur dix ans.
Des mesures ciblées sur les prestations familiales et le logement
Le rapport, commandé par le Premier ministre, concentre ses préconisations sur plusieurs leviers : les allocations familiales, certaines bonifications de pension, les aides au logement (APL) et la fiscalité des familles. L'objectif affiché est de réduire le coût annuel de certaines politiques familiales d'environ 3 %, en empilant des mesures de portée différente.
Parmi les pistes les plus saillantes figure la remise en cause du mécanisme qui bonifie la retraite des parents ayant eu au moins trois enfants. Actuellement, ces parents perçoivent un supplément de 10 % sur leur pension de base : la note propose de remplacer cette majoration par un forfait de 125 euros par mois. Selon le rapport, il s'agit de la mesure la plus rentable, permettant une économie de l'ordre d'un milliard d'euros, soit la plus grosse contribution au total annoncé.
Conséquences pour les étudiants et les foyers
Autre piste retenue : prendre en compte les revenus des parents dans le calcul des aides au logement des étudiants rattachés au foyer. Aujourd'hui, l'accès aux APL pour un étudiant rattaché ne tient pas compte des ressources parentales ; la proposition entraînerait une économie estimée à 500 millions d'euros. Le rapport rappelle que le rattachement fiscal d'un étudiant augmente aussi le nombre de parts du foyer, réduisant l'impôt des parents, ce qui, cumulativement, pèse sur les finances publiques.
Les organisations étudiantes ont déjà réagi vivement aux scénarios évoqués. À RTL, Manon Moret, secrétaire générale de l'UNEF, met en garde :
« Ce serait véritablement catastrophique pour énormément d'étudiants. Beaucoup d'étudiants ne vivent pas avec la carte bleue de leurs parents. » — Manon Moret, UNEF
Une autre responsable étudiante interrogée souligne le risque d'une sélection sociale accrue à l'entrée de l'université, si l'État devait recalculer les droits en fonction du portefeuille parental.
Un timing politique sensible avant la présentation du budget
Le document intervient quelques semaines avant la présentation officielle du budget, programmée le 30 septembre. Il sert de base de travail pour l'exécutif afin d'identifier des économies sans toucher aux piliers intangibles des politiques sociales, selon les auteurs. Toutefois, plusieurs des options proposées — en particulier celles qui affectent directement les prestations perçues par des ménages — sont politiquement délicates et susceptibles de susciter une forte opposition sociale et parlementaire.
Le rapport ne fixe pas de choix définitifs ; il liste des scénarios chiffrés destinés à alimenter la décision ministérielle. Reste à mesurer, pour le gouvernement, l'équilibre à trouver entre maîtriser la dépense publique et préserver l'accès aux prestations pour les publics vulnérables, étudiants et familles en tête.
- 3 milliards d'euros : économies potentielles à court terme sur les prestations sociales.
- 1 milliard d'euros : économie estimée en remplaçant la majoration de 10 % des retraites des parents de 3 enfants par un forfait de 125 €.
- 500 millions d'euros : économie envisagée en tenant compte des revenus parentaux pour le calcul des APL étudiants.
La discussion budgétaire s'annonce donc disputée : derrière des chiffres significatifs se profilent des décisions aux conséquences directes pour les ménages, notamment les familles nombreuses et les jeunes en études supérieures.