Le phénomène de l’absentéisme dans l’enseignement de la Fédération Wallonie‑Bruxelles prend une ampleur croissante. Selon le dossier de rentrée 2026‑2027 publié par l’Administration générale de l’enseignement le 1er septembre, les jours d’absence pour maladie ont atteint, pour l’année scolaire 2024‑2025, un total de 1,9 million de jours.
Une progression régulière sur plusieurs rentrées
Les chiffres compilés par Certimed, l’organisme chargé du contrôle médical, montrent une hausse continue depuis la rentrée 2018‑2019. Le taux d’absence moyen en septembre est passé de 4,34 % en 2018 à 6,75 % en 2024, soit une augmentation de l’ordre de 56 % sur six rentrées scolaires. Cette tendance se retrouve dans l’ensemble des provinces, avec toutefois des variations locales.
| Indicateur | 2018 | 2024 |
|---|---|---|
| Taux d'absence en septembre | 4,34 % | 6,75 % |
Des disparités selon les fonctions et les territoires
Le rapport souligne des différences marquées selon les types d’emploi et les niveaux d’enseignement. Les taux d’absentéisme apparaissent particulièrement élevés dans les CPMS, l’enseignement spécialisé et le fondamental ordinaire. Certaines catégories de personnel sont davantage touchées :
- les enseignants : taux d’absence de 8,2 % pour 2023‑2024 ;
- les ouvriers : 13,9 % en 2023‑2024, la catégorie la plus touchée et la seule à afficher une progression ininterrompue depuis 2018 ;
- les auxiliaires d’éducation et le personnel technique des CPMS figurent aussi parmi les plus affectés.
Sur le plan géographique, les évolutions varient : la province de Namur affiche un taux de 6,87 % en septembre, en hausse d’environ 50 %, tandis que la province de Luxembourg atteint 5,41 %.
Remplacement insuffisant, écoles perturbées
Autre constat majeur du dossier : la progression des absences n’a pas été suivie par une augmentation comparable du remplacement. Le taux de remplacement stagne, creusant un écart entre absences et remplacements. Conséquence directe : un enseignant absent sur deux n’est pas remplacé, selon les données présentées.
« On demande aux enseignants d'être des couteaux suisses »
Cette situation a des répercussions organisationnelles et pédagogiques immédiates : surcharge des équipes restantes, recours à des solutions ad hoc, et parfois diminution des heures de cours. Les difficultés sont d’autant plus vives dans les établissements qui accueillent des élèves aux besoins spécifiques ou qui connaissent déjà des tensions en matière de personnel.
Enjeux et pistes d’examen
Le rapport de rentrée ne se contente pas d’énoncer des chiffres : il met en lumière des mécanismes pluriels susceptibles d’expliquer la montée de l’absentéisme — conditions de travail, charge administrative, précarité de certains contrats, ou encore spécificités des fonctions non pédagogiques. Il souligne aussi l’écart croissant entre besoins de remplacement et capacités opérationnelles.
Pour les directions d’école, les syndicats et les autorités de la Fédération, ces éléments constituent un signal d’alarme. À court terme, il faudra améliorer les dispositifs de remplacement et mieux cibler les postes les plus vulnérables. À moyen terme, la question des conditions de travail et de la prévention en santé au travail devra figurer au cœur des discussions pour contenir une tendance qui pèse déjà sur la qualité du service éducatif.
La rentrée 2026‑2027 s’ouvre sur ces enjeux : face à une montée constante de l’absentéisme et à un remplacement qui ne suit pas, écoles, pouvoirs publics et partenaires sociaux sont interpellés pour éviter que la situation n’affecte durablement les parcours scolaires des élèves.