Un projet agricole qui enflamme le plateau de Ronvaux
À quelques kilomètres de Ciney, le village de Chevetogne est le théâtre d’une controverse locale depuis l’ouverture de l’enquête publique : une agricultrice souhaite implanter deux bâtiments destinés à l’élevage de 18 000 volailles au lieu-dit Ronvaux, sur la crête du Condroz. Le projet, présenté comme un élevage en plein air encadré, heurte déjà des oppositions fortes parmi les riverains et des acteurs locaux soucieux du paysage.
La promotrice, Anne Aertsen, prévoit la construction de deux hangars de 720 m² chacun, couplés à un parcours extérieur d’environ 20 000 m². Elle justifie son initiative par une volonté d’« vivre pleinement de ce métier » et met en avant le choix de souches à croissance lente et d’un espace extérieur pour chaque animal.
Les éléments clés du projet
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Nombre de volailles prévues | 18 000 |
| Surface de chaque bâtiment | 720 m² |
| Parcours extérieur | 20 000 m² |
| Type de poulet | Modèle A936, croissance lente |
| Durée d’élevage | 56 jours |
Oppositions sur le terrain et arguments de la promotrice
Les opposants au projet dénoncent d’emblée des conséquences pour le cadre de vie : altération du paysage sur la crête de Ronvaux — point haut du Condroz visible à des dizaines de kilomètres —, risques liés aux effluents et nuisances potentielles. Parmi eux, Étienne Sokal, médecin retraité et naturaliste, craint notamment la percolation des déjections et les effets sur les milieux naturels adjacents.
« Je veux élever des poulets et vivre pleinement de ce métier »
De son côté, la porteuse du projet rejette l’étiquette d’« élevage industriel » et insiste sur son autonomie : elle se présente comme patronne et propriétaire de l’exploitation et affirme avoir intérêt à bien soigner ses oiseaux car elle est rémunérée au kilo livré. Le projet se veut encadré : les animaux proviendront d’un couvoir identifié, l’alimentation est fournie par un moulin local et l’abattage se ferait en Wallonie.
Un contrat avec Ardenne Volaille et des circuits de distribution connus
Si Anne Aertsen revendique son statut d’exploitante, elle est liée contractuellement pour trois ans au groupe Ardenne Volaille. Ce contrat impose un cahier des charges strict, une alimentation réglementée et un contrôle vétérinaire hebdomadaire. En contrepartie, Ardenne Volaille coordonnera la commercialisation. Le projet indique des débouchés en grande distribution : Delhaize, Carrefour et Colruyt.
- Fournisseurs annoncés : couvoir L'Œuf d'Or (Andenne) et alimentation du Moulin du Val-Dieu (Aubel).
- Encadrement sanitaire et commercial assuré par Ardenne Volaille, selon le dossier.
- Parcours extérieur prévu pour chaque volaille, selon la promotrice.
Ce que cherchent désormais les habitants et les autorités
Avec l’enquête publique en cours, les riverains ont l’occasion de faire connaître leurs remarques. Les débats porteront inévitablement sur l’adéquation du site — un secteur paysager remarquable du Condroz —, les garanties environnementales réelles contre la pollution des sols et eaux, et la compatibilité avec les orientations communales d’aménagement.
Pour les habitants de Ciney et des communes environnantes, le dossier pose des questions plus larges sur le modèle agricole local : quelle place pour des élevages contractuels liés à des groupes de commercialisation ? Comment concilier relance d’activités agricoles et préservation du paysage et des ressources ?
Les prochaines étapes administratives dépendront des observations reçues pendant l’enquête publique et des évaluations techniques potentielles (qualité des sols, gestion des effluents, nuisances olfactives). En attendant, le projet de Ronvaux cristallise des inquiétudes et oblige la communauté locale à réfléchir à l’équilibre entre développement agricole et protection du patrimoine naturel.
La décision finale reviendra aux instances compétentes, une fois le dossier instruit et les garanties apportées par la promotrice discutées publiquement.