La sécheresse qui affecte la région met à mal les réserves de nourriture pour le bétail et alimente, selon la FDSEA du Doubs, un mouvement d'achats transfrontaliers de fourrage hors des voies officielles. Des agriculteurs suisses, disposant d'un pouvoir d'achat plus élevé, viendraient se fournir en France sans accomplir les formalités d'exportation requises, redoutent les professionnels locaux.
Des flux irréguliers sur des routes secondaires
Florent Dornier, président du syndicat agricole départemental et producteur laitier installé dans une commune frontalière, décrit une situation tendue : «
On voit passer des dizaines et des dizaines de camions qui vont du côté suisse», rapporte-t-il. Selon lui, le phénomène se déroule depuis plusieurs semaines et concerne notamment des transports empruntant des petites routes, contournant les postes frontières officiels.
La réglementation impose pourtant une déclaration en douane pour toute exportation vers la Suisse, pays non membre du marché unique européen, et le franchissement doit s'effectuer par des postes gardés. Les services de l'État dans le Doubs confirment avoir constaté « quelques transports de fourrages et paille qui ne respectaient pas les formalités d'exportation », mais parlent d'« initiatives individuelles frauduleuses » et indiquent qu'aucun trafic organisé n'a été démontré à ce jour.
Des prix qui creusent les inégalités entre éleveurs
La raréfaction du fourrage fait flamber les cours. Alors que le prix du foin tournait habituellement autour de 150 euros la tonne, il a dépassé récemment la barre des 170 euros. Selon le président de la FDSEA, certains acheteurs helvétiques sont prêts à monter jusqu'à 220 ou 230 euros la tonne, créant un déséquilibre sur le marché local et risquant d'entraîner des pénuries au détriment des exploitations françaises moins solvables.
- Prix habituel du foin : ~ 150 €/t
- Prix relevé en période de sécheresse : > 170 €/t
- Offres suisses selon la FDSEA : jusqu'à 220–230 €/t
Contrôles douaniers et sanctions
Les douanes ont récemment intercepté, selon la presse régionale, au moins un transporteur suisse sur une route de campagne de la commune frontalière des Fourgs avec plusieurs tonnes de fourrage sans déclaration. Le conducteur a été sanctionné et a dû procéder à la revente de sa cargaison en France. La direction régionale des douanes de Besançon rappelle que l'amende peut atteindre 3 700 euros en cas de non-respect des formalités d'exportation.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Prix moyen habituel du foin | ~150 €/t |
| Prix constaté en période de sécheresse | >170 €/t |
| Offres rapportées d'acheteurs suisses | 220–230 €/t |
| Amende maximale pour non-déclaration | 3 700 € |
Des craintes pour les éleveurs locaux
Pour les exploitants du Doubs, la concurrence financière exercée par des acheteurs extérieurs pose un risque concret : la raréfaction de l'offre et l'élévation des prix peuvent compromettre l'alimentation des troupeaux, déjà touchés par la sécheresse qui a desséché les pâtures. Le président de la FDSEA s'inquiète d'une pénurie qui frapperait prioritairement les agriculteurs français aux marges plus faibles.
Les autorités départementales précisent que les contrôles se poursuivent et invitent à la vigilance. Elles insistent sur le fait que, pour l'instant, il n'est pas possible d'affirmer l'existence d'un « trafic caractérisé », mais que des faits individuels ont été relevés et sanctionnés.
Enjeux sanitaires et économiques
Au-delà de la question administrative, ces flux irréguliers posent des enjeux pratiques : respect des règles sanitaires, traçabilité des lots et impact sur les circuits locaux d'approvisionnement. Les éleveurs du département, confrontés à une ressource fourragère moindre, doivent arbitrer entre achat de fourrage plus cher, rationnement des animaux ou ajustements de production.
Face à la conjoncture, la FDSEA appelle à des contrôles renforcés et à des réponses coordonnées entre les autorités françaises et suisses pour préserver l'accès au fourrage des exploitations locales et garantir l'application des règles douanières.
En attendant, certains agriculteurs craignent de voir se répéter des scènes observées cet été : camions chargés de bottes franchissant discrètement la frontière, tensions sur les prix et sanctions ponctuelles, sans solution structurelle pour compenser l'effet de la sécheresse sur la filière fourragère.