Dans le Doubs, des acteurs traditionnellement opposés travaillent depuis 2021 sur un même dossier : l’avenir du classement du renard roux comme « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (Esod). Le programme Careli, lancé dans le département, rassemble la branche locale de la FNSEA, la fédération départementale de chasse et des associations écologistes, dont France nature environnement (FNE) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), avec des chercheurs universitaires.
Une coopération née de la pratique
Ce rapprochement intervient alors que la question du statut des « nuisibles » – classement qui autorise la capture et l’abattage tout au long de l’année – fait l’objet d’un arrêté ministériel à paraître, qui fixera pour trois ans la liste départementale. Dans le Doubs, l’objectif déclaré du programme est pragmatique : mesurer si la chasse au renard limite réellement les attaques sur les poulaillers, si elle influe sur la transmission de parasites et quelles répercussions elle peut avoir sur les populations de rongeurs, notamment les campagnols.
Pour Patrick Giraudoux, professeur émérite d’écologie à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon impliqué dans l’étude, la concertation a permis de dépasser les tensions initiales entre parties prenantes. Selon lui, la discussion locale était parfois virulente :
« Chacun se jetait des noms d’oiseaux. »
La démarche vise à fournir des éléments empiriques aux préfectures, qui s’appuient sur des avis locaux pour proposer au ministère la liste des Esod départementaux.
Enjeu : protéger les élevages sans masquer les conséquences écologiques
Le renard est visé parce qu’il est régulièrement accusé de prélever volailles et petits animaux d’élevage. Mais la réduction de sa population par la chasse soulève des questions complexes : effets sur les dynamics de maladies parasitaires, perturbations des réseaux trophiques et répercussions sur d’autres espèces, comme les campagnols, dont la densité peut avoir des effets économiques sur les cultures et pâtures.
Ces interrogations expliquent la coalition inhabituelle : agriculteurs inquiets pour leurs poulaillers, chasseurs attentifs aux équilibres cynégétiques et écologistes soucieux des conséquences à long terme veulent des données locales robustes avant une décision administrative qui s’appliquera pour plusieurs années.
Un calendrier administratif serré
La décision ministérielle est attendue dans les jours à venir. Elle se fondera sur les propositions des préfectures, elles-mêmes nourries des consultations locales. Le cas du Doubs illustre la manière dont la réalité du terrain peut influer sur une politique nationale : les résultats du programme Careli pourraient motiver un maintien, un retrait ou un ajustement du classement du renard parmi les Esod sur le département.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Lancement du programme Careli | 2021 |
| Durée de la future liste ministérielle | 3 ans |
| Acteurs réunis | FNSEA (locale), fédération de chasse, FNE, LPO, chercheurs |
Quelles conséquences pour les éleveurs locaux ?
Pour les propriétaires de volailles et petits élevages, la question est concrète : en cas de maintien du renard dans la liste des Esod, les modalités de lutte pourraient rester larges et l’accès aux moyens de régulation facilité. À l’inverse, un retrait ou des limitations imposeraient d’autres dispositifs de protection des poulaillers (renforcement des clôtures, filets, chiens de protection) et pourraient inciter les agriculteurs à adopter des mesures préventives plus structurelles.
Les organisations participantes soulignent le souhait d’aboutir à des solutions pragmatiques et localement adaptées rather que des décisions uniformes imposées depuis Paris.
Une décision politique aux implications multiples
Au-delà du Doubs, ce dossier renvoie à un débat national : comment concilier protection des élevages, conservation des espèces et cohérence scientifique des politiques de régulation ? Le gouvernement, qui s’apprête à publier la nouvelle liste des Esod, devra arbitrer entre des attentes contradictoires et des données locales parfois contradictoires.
- Le programme Careli analyse l’impact de la chasse sur les attaques en poulaillers et sur les populations de rongeurs.
- Les acteurs impliqués vont de la FNSEA locale aux associations écologiques et aux chasseurs, avec un appui scientifique universitaire.
- La décision ministérielle à venir fixera pour trois ans la liste des « nuisibles » par département.
Dans le Doubs, l’issue de cette concertation pourrait servir de modèle pour d’autres départements confrontés aux mêmes tensions. Reste à savoir si les conclusions scientifiques locales parviendront à infléchir un dispositif réglementaire qui touche à la fois aux pratiques rurales, à la santé animale et aux enjeux de biodiversité.