Une démarche collective pour dépasser les certitudes
Dans le Doubs, une initiative amorcée en 2021 tente de sortir du traditionnel affrontement pro ou anti-chasse en mettant la discussion sur un terrain factuel. Le programme nommé Careli rassemble des acteurs souvent placés en positions opposées : fédération des chasseurs, organisations agricoles, associations naturalistes et équipes scientifiques. L’objectif explicite est d’évaluer, par l’observation et la comparaison, les conséquences concrètes de la régulation du renard.
Plutôt que d’opposer convictions et postures, les partenaires ont choisi d’organiser des terrains d’expérimentation : sur deux territoires du département, certains secteurs ont été soumis à des mesures de régulation tandis que d’autres ont été protégés. L’idée est simple et rarement appliquée à cette échelle : comparer les effets de modes de gestion distincts sur les mêmes paramètres biologiques et socio-économiques.
Quels paramètres ont été mesurés ?
Le protocole de Careli porte sur plusieurs indicateurs, afin d’appréhender l’impact de la régulation du renard sur des points concrets :
- abondance des renards ;
- dommages aux élevages de volailles ;
- densité de campagnols ;
- prévalence des tiques ;
- état des populations de lièvres et d’oiseaux nicheurs au sol.
Cette pluralité d’observations vise à éviter des conclusions hâtives fondées sur un seul critère, et à mesurer des effets indirects parfois ignorés dans le débat public.
Des résultats publiés, nuancés mais clairs
Les premiers résultats, rendus publics en 2025 dans la revue Scientific Reports, méritent qu’on les considère attentivement. Dans le contexte et selon le protocole étudiés, le classement du renard comme espèce susceptible d’occasionner des dégâts n’a pas conduit à une réduction significative de son abondance. De même, les observations n’ont pas mis en évidence de différence notable concernant les dommages constatés dans les élevages de volailles entre zones régulées et zones protégées.
La lecture de ces conclusions appelle plusieurs précautions. L’étude ne prétend pas démontrer que la chasse au renard est sans effet dans toutes les circonstances. Elle montre que, dans les conditions évaluées par Careli, les objectifs attendus — baisse de l’abondance et réduction des dégâts étudiés — n’ont pas été atteints de manière statistiquement significative.
Réactions et suite du programme
Les acteurs de la chasse locaux n’ont pas cherché à occulter ces résultats, souligne la coordination du projet. À l’inverse, ils insistent sur la nécessité de ne pas tirer d’enseignements trop généraux à partir d’un seul protocole. Le volet scientifique de Careli doit se poursuivre pour affiner les méthodes, étendre les observations et mieux identifier les conditions où une régulation pourrait être efficace.
Du point de vue des associations naturalistes, cette démarche collaborative est jugée intéressante car elle impose des données mesurables au cœur d’un débat souvent dominé par des certitudes et des arguments de circonstance. Les représentants agricoles, quant à eux, suivent les travaux avec attention : la question des dégâts aux élevages reste une préoccupation centrale, en particulier pour les petits élevages de volailles.
Ce que change l’approche scientifique pour le débat local
L’exemple de Careli illustre une modalité de dialogue rarement mise en œuvre : réunir sur un même protocole des acteurs de sensibilités variées et accepter que les résultats puissent contredire des attentes. Sur le terrain, cela modifie les pratiques de discussion et invite à concevoir la gestion de la faune comme un processus adaptatif, fondé sur l’observation et l’évaluation continue.
| Paramètre étudié | Résultat (contexte Careli) |
|---|---|
| Abondance du renard | Pas de réduction significative |
| Dommages aux élevages de volailles | Pas de différence significative |
Ces constats ne closent pas le débat. Ils orientent en revanche les questions à poser : quels protocoles de régulation, à quelle intensité et sous quelles conditions pourraient produire des effets mesurables ? Comment intégrer des indicateurs indirects, comme la santé des petits gibiers ou la prévalence de tiques, dans l’évaluation de politiques locales ?
Dans le Doubs, le programme Careli continue de fonctionner comme un laboratoire territorial. Son intérêt dépasse la seule question du renard : il offre un modèle de gouvernance collaborative pour la gestion des espaces ruraux, où science et acteurs de terrain travaillent côte à côte pour que les décisions soient mieux informées.