Un dispositif qui a changé l'ampleur du phénomène
À l'aéroport de Cayenne-Félix-Éboué, la pression exercée sur les réseaux de transport de cocaïne a nettement augmenté depuis la mise en place, en octobre 2022, d'un dispositif présenté par les autorités comme un contrôle à 100 %. Cette politique, destinée à empêcher l'acheminement de stupéfiants vers l'Hexagone, a modifié le profil des départs observés en Guyane. Les services de l'État estiment désormais à environ cinq le nombre de mules présentes sur chaque vol au départ de Cayenne, alors qu'elles pouvaient être jusqu'à une cinquantaine avant l'instauration du dispositif.
Cette évolution est également visible dans les aéroports parisiens. D'après les données de l'Office anti-stupéfiants de la police judiciaire, 36 personnes ont été interpellées en 2025 à Roissy ou Orly après un départ de Guyane. En 2022, elles étaient 334. L'écart témoigne du recul du passage par la liaison aérienne directe, sans signifier pour autant la disparition du trafic. Les autorités françaises décrivent l'efficacité du contrôle comme remarquable, tandis que les réseaux cherchent désormais d'autres itinéraires ou de nouvelles manières de dissimuler la drogue.
| Indicateur | Avant le dispositif | Après sa mise en place |
|---|---|---|
| Mules estimées par avion au départ de Cayenne | Jusqu'à 50 | Environ 5 |
| Interpellations à Roissy et Orly | 334 en 2022 | 36 en 2025 |
Un itinéraire toujours utilisé
Pour Dimitri Zoulas, chef de l'Ofast, le recul observé ne doit pas être confondu avec une fin du phénomène. Le trajet entre Cayenne et l'Hexagone demeure exploité, notamment lorsque les transporteurs parviennent à dissimuler efficacement le produit. Le responsable évoque aussi l'hypothèse de complicités au sein de l'aéroport, un risque qui touche directement la sûreté des contrôles et la confiance dans les procédures.
« Quand on parle avec les trafiquants ou des mules, beaucoup disent que c'est maintenant plus difficile de partir de Cayenne. »
Le géographe Joseph Chapel, auteur d'un ouvrage consacré aux transporteurs de cocaïne entre la Guyane française et l'Hexagone, observe lui aussi un changement de situation. Selon lui, l'itinéraire aérien n'a pas été supprimé, mais il est devenu plus difficile à emprunter. Le déplacement du trafic vers la Martinique et le Brésil constitue l'un des effets mis en avant par les autorités et les observateurs du dossier. Cette adaptation illustre la capacité des filières à modifier leurs circuits lorsque les contrôles se renforcent sur un point de passage.
Des complicités mises au jour
Le renforcement des vérifications n'a pas empêché l'existence de failles internes. L'Ofast indique avoir démantelé au printemps un réseau impliquant des policiers adjoints affectés à l'aéroport de Cayenne. Dans une autre affaire, plusieurs anciens policiers aux frontières de l'aéroport Félix-Éboué ont été condamnés en 2025 pour avoir aidé des mules à contourner les contrôles. Ces dossiers rappellent que la lutte contre le trafic ne repose pas seulement sur les moyens techniques : elle dépend aussi de l'intégrité des personnels et des enquêtes judiciaires menées autour des départs.
- Le contrôle généralisé a été instauré à Cayenne en octobre 2022.
- Les interpellations de mules venues de Guyane ont fortement baissé à Roissy et Orly.
- Les réseaux conservent des possibilités de passage et cherchent d'autres itinéraires.
- Les autorités envisagent l'installation prochaine d'un échographe pour rechercher la drogue dissimulée dans le corps.
Le coût du contrôle au centre du débat
Le dispositif soulève enfin une question de moyens. Joseph Chapel s'interroge sur le coût d'une politique reposant sur des contrôles nombreux et spécialisés. Les services de l'État en Guyane répondent que la dépense reste proportionnée à la baisse du phénomène, sans communiquer de montant. Ils annoncent par ailleurs l'installation prochaine d'un échographe, destiné à détecter la présence de stupéfiants « in corpore » et, selon eux, à réduire la mobilisation de ressources humaines. Pour Cayenne, l'enjeu consiste donc à maintenir la pression sur les filières tout en empêchant que le recul des départs directs ne se traduise simplement par une réorganisation du trafic.