Un séjour littéraire sur un terrain historique
C’est une parenthèse moins connue de l’histoire du champ de bataille de Waterloo : en 1861, Victor Hugo vint étudier le site et y mit un point final à son œuvre monumentale, Les Misérables. Le passage de l’écrivain sur les terres de la défaite napoléonienne relie désormais la mémoire littéraire française à notre territoire wallon.
Le détail provient des lettres de Victor Hugo et des récits de son déplacement : le 30 juin 1861, il écrit à son ami Auguste Vacquerie :
« Si la chose vous intéresse, sachez que j’ai fini Les Misérables sur le champ de bataille de Waterloo, dans le creux même où était la garde. »
Hugo séjourna à l’Hôtel des Colonnes, situé à Mont‑Saint‑Jean, près de la butte du Lion. Il y arriva le 7 mai 1861 après être passé par Bruxelles et Villers‑la‑Ville. Il transportait le manuscrit dans une sacoche imperméable qu’il tenait constamment avec lui. Treize jours après son arrivée, il écrit à son fils François‑Victor :
« Je suis ici près de Waterloo. Je n’aurai qu’un mot à en dire dans mon livre, mais je veux que ce mot soit juste. Je suis donc venu étudier cette aventure sur le terrain et confronter la légende avec la réalité. Ce que je dirai sera vrai. »
Le paysage qui inspira l’écrivain
Hugo occupait une chambre au premier étage, au‑dessus de l’entrée principale, avec un balcon donnant directement sur la butte du Lion. Cette élévation de terre, haute de 43 mètres, avait été érigée en 1826 à la demande du roi Guillaume Ier des Pays‑Bas pour indiquer l’endroit où le prince d’Orange fut blessé pendant les combats. Le contraste entre l’ampleur de l’histoire militaire et la solitude de l’écrivain est frappant : la défaite de Waterloo, événement matriciel du XIXe siècle français, sert de décor à une œuvre qui explore la condition sociale et morale du siècle.
Ce qui reste — et ce qui a disparu
Un siècle et demi plus tard, il ne reste plus rien de l’Hôtel des Colonnes. Le bâtiment qui abrita Hugo a disparu, mais son passage sur place contribue à la valeur patrimoniale et au récit du site. Pour les habitants de Waterloo, ce lien entre un texte fondateur de la littérature francophone et notre paysage local offre une nouvelle manière de regarder les lieux que nous côtoyons.
- Lieu du séjour : Hôtel des Colonnes, Mont‑Saint‑Jean (Waterloo)
- Dates clefs : arrivée le 7 mai 1861, fin du manuscrit déclarée le 30 juin 1861
- Point de vue : chambre avec balcon sur la butte du Lion (43 m), monument érigé en 1826
Chronologie succincte
| Date | Événement |
|---|---|
| 25 mars 1861 | Départ de Guernesey accompagné de son fils Charles et de Juliette Drouet |
| 7 mai 1861 | Arrivée à l’Hôtel des Colonnes, Mont‑Saint‑Jean |
| 30 juin 1861 | Lettre à Vacquerie : « j’ai fini Les Misérables sur le champ de bataille de Waterloo » |
Ce séjour illustre la manière dont un écrivain majeur du XIXe siècle a cherché à confronter la légende à la réalité, se déplaçant sur le terrain pour affiner son récit. Pour Waterloo, la visite de Victor Hugo constitue une page supplémentaire de son histoire, à mi‑chemin entre mémoire militaire et patrimoine littéraire.
Pour les amoureux de la littérature et les habitants désireux de mieux connaître le passé de leur commune, la piste est ouverte : regarder les lieux avec l’œil de l’écrivain, et reconnaître que certains paysages portent plusieurs strates de mémoire — militaire, nationale et culturelle.