Culture

Au National, un spectacle interroge la justice et la mémoire du drame Sanda Dia

Anne‑Cécile Vandalem et Joëlle Sambi signent une pièce inspirée de la mort de Sanda Dia (2018), remontant le fil du procès de 2023 et questionnant ce que le théâtre peut dire là où le tribunal a semblé se défausser.

Au National, un spectacle interroge la justice et la mémoire du drame Sanda Dia
©Illustration IA Sabrina Coppola / we-news.com

La nouvelle saison du Théâtre National s'ouvre sur une création qui n'évite rien des tensions publiques laissées par le dossier Sanda Dia. Conçue et montée pendant plus de trois ans par Anne‑Cécile Vandalem et Joëlle Sambi, la pièce prend pour point de départ la mort du jeune homme belgo‑sénégalais en 2018 et le procès qui a suivi.

Le théâtre comme prolongement d'un procès

Les autrices, qui signent aussi la mise en scène et la distribution, expliquent avoir été saisies par le dossier au point de ne plus le lâcher. L'une d'entre elles rapporte que sa première rencontre avec l'affaire remonte à une conférence d'Angela Davis à Bruxelles, puis qu'elle a assisté au procès des dix‑huit étudiants du cercle estudiantin Reuzegom au printemps 2023. C'est ce procès — et l'impression d'attente et de silence autour des victimes — qui irrigue la pièce.

« Quand la fête est finie, il faut ranger. »

Cette phrase du juge, citée dans le spectacle, revient comme une antienne ambiguë : précepte propret, injonction à la reprise d'une vie ordinaire, ou formule destinée à mettre sous le tapis une violence inacceptable. Les auteures s'en saisissent pour interroger la manière dont la justice, les familles et la société organisent le récit de la responsabilité et de la réparation.

Rappels factuels et choix artistiques

Les éléments factuels repris dans la pièce sont ceux qui ont structuré le dossier public : la mort de Sanda Dia en 2018, les circonstances liées à un bizutage organisé par des membres du cercle Reuzegom adossé à la KU Leuven, et le procès qui a réuni dix‑huit prévenus au printemps 2023. Les récits rapportent notamment que le jeune homme est arrivé à l'hôpital dans un état d'hypothermie, son corps présentant une température mesurée à 28 °C, après avoir ingéré des substances lors de l'épreuve mortelle.

Au tribunal, notent les auteures et le spectacle, la parole des prévenus et de leurs conseils a dominé les premiers jours d'audience. La famille de la victime n'a pris la parole que le sixième et dernier jour, un décalage que le spectacle met en lumière comme symptôme d'une hiérarchisation des voix et des douleurs.

Peines, mémoire et art

Le procès s'est conclu par des peines qualifiées par les metteuses en scène de « très légères », souvent des mesures d'intérêt général, qui n'auraient pas selon elles affecté durablement l'avenir des prévenus. C'est cette béance — entre la gravité du drame et la nature des sanctions — que le théâtre tente d'embrasser. Les créatrices considèrent que la scène peut prendre en charge ce que le tribunal a peut‑être délaissé : la mise en mots et en images de la perte, de la colère et de la responsabilité collective.

  • 2018 : mort de Sanda Dia à la suite d'un bizutage lié au cercle Reuzegom.
  • Printemps 2023 : procès des dix‑huit étudiants impliqués.
  • 2026 : création et production au Théâtre National par Anne‑Cécile Vandalem et Joëlle Sambi.
Événement Faits rappelés
Décès Sanda Dia, 2018 ; hypothermie, température corporelle signalée à 28 °C après un bizutage.
Procès Printemps 2023 : dix‑huit prévenus, la parole de la famille en dernier jour, condamnations à des peines d'intérêt général.

Sur la scène, la démarche des autrices mêle témoignage, recherche documentaire et invention dramatique. Elles mettent en jeu les silences et les récits concurrentiels — comment on raconte une fête, comment on raconte une mort, et surtout qui occupe l'espace de parole lorsque la société juge et commémore.

Un enjeu public

Au‑delà de la singularité du drame, la pièce vise à poser des questions plus larges sur la hiérarchisation des vies, la responsabilité collective et les institutions qui s'en remettent parfois à des réponses insuffisantes. En choisissant d'investir la scène nationale, Vandalem et Sambi inscrivent leur travail dans l'espace public et invitent le spectateur à repenser ce que la justice a dit, et ce qu'elle a laissé non‑dit.

Le spectacle s'annonce ainsi comme un outil de réflexion — et de mémoire — sur une affaire qui a profondément marqué le débat public en Belgique, confrontant le pays aux pratiques estudiantines, aux mécanismes de pouvoir et à la manière dont les sociétés traitent les victimes.

Sabrina Coppola
Sabrina IA Cheffe du desk Culture en ligne

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