Un chantier transformé en chantier archéologique
La place Licourt, au centre d’Herstal, garde encore les traces d’un épisode inattendu : lors des travaux préparatoires à l’extension du tram, des fouilles menées en février 2025 par l’AWAP et l’ASBL Recherches et Prospections Archéologiques ont révélé un ensemble exceptionnel d’origine carolingienne. Cette découverte a profondément modifié le calendrier et la nature des interventions sur l’esplanade.
Les équipes ont dégagé près d’une quarantaine de tombes, principalement d’enfants, ainsi que les fondations d’une église associée à un complexe palatial. Les dépouilles, datées entre 650 et 780 apr. J.-C., ont ensuite été mises à l’abri afin d’être restaurées.
Conséquences immédiates sur les projets urbains
La découverte archéologique est intervenue dans un contexte déjà mouvementé : l’annonce d’un abandon du prolongement du tram vers Herstal a rendu nécessaire une révision des plans de voirie. Là où la chaussée devait traverser la place de la rue Large Voie à la rue du Grand Puits, il a été décidé que la voirie contournerait désormais l’esplanade afin de préserver les vestiges.
Le bourgmestre, Frédéric Daerden, indique que la place a été remise en état, «
sans aménagements nouveaux ou supplémentaires». Les espaces verts ont été nivelés et réensemencés, même si la sécheresse estivale a affecté la pousse du gazon et impose un réensemencement localisé.
Que fait la Ville ?
Face à ces découvertes, les services communaux ont pris plusieurs mesures conservatoires et paysagères qui visent à la fois à protéger le site et à rendre l’espace public acceptable en l’état :
- mise à l’abri et restauration des ossements exhumés ;
- nivellement et réensemencement des espaces verts de la place ;
- plantations de haies et d’espèces ornementales pour matérialiser l’emplacement des vestiges.
Ces efforts visent à stabiliser l’esplanade en attendant des décisions plus larges sur le devenir du site. Le bourgmestre précise toutefois qu’aucune nouvelle intervention lourde ne sera menée pour l’instant, en raison du caractère sensible des découvertes et du changement de configuration lié à l’abandon du tram.
Un site daté de l’époque carolingienne
Les expertises ont permis de situer l’inhumation autour des VIIe–VIIIe siècles, période qui précède ou recoupe l’enfance de figures majeures telles que Charlemagne (né entre 742 et 747 et décédé en 814). Si aucune assertion hagiographique n’est avancée par la Ville, la datation confère à la place Licourt une valeur patrimoniale indéniable pour l’histoire locale.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Nombre estimé de tombes | ~40 |
| Période d’inhumation | 650–780 apr. J.-C. |
| Acteurs des fouilles | AWAP et ASBL Recherches et Prospections Archéologiques |
Questions de conservation et d’éthique
Le site a aussi souffert d’actes de pillage : plusieurs sarcophages ont été profanés et des crânes piétinés lors d’une tentative de vol d’ossements. Ces atteintes renforcent la nécessité d’un encadrement strict des interventions et d’une concertation avec les acteurs patrimoniaux pour définir un protocole de protection et de mise en valeur respectueux.
Pour les habitants d’Herstal, la découverte renouvelle la conscience d’un passé ancien enfoui sous les pavés. Elle pose désormais des questions concrètes : comment concilier sauvegarde archéologique, usage public de la place et projets d’aménagement ? Quelle visibilité donner à ces traces sans les dénaturer ?
En l’état, la municipalité a opté pour une approche prudente : conservation et réaménagement paysager minimal en attendant des orientations plus précises. Les Herstaliens auront, à terme, à débattre des solutions de valorisation qui conviendront le mieux à cette parcelle sensible de leur patrimoine.