Quatre poids lourds de l’industrie européenne ont adressé une lettre au président du Conseil européen pour réclamer une action rapide sur le système d’échange de quotas d’émission (SEQE), au nom d’un risque selon eux imminent de délocalisations et de fermetures d’usines.
Un avertissement à quelques jours du sommet
ArcelorMittal, ThyssenKrupp, Voestalpine et BASF, groupes emblématiques de l’acier et de la chimie, demandent à Bruxelles de « tirer le frein » sur la trajectoire du SEQE. Leur démarche, révélée par Politico et adressée au président du Conseil européen, survient quelques jours avant une réunion des dirigeants européens à Bruxelles, ce qui en renforce la portée politique.
À eux quatre, ces groupes pèsent plus de 100 milliards d’euros de capitalisation boursière. Ils estiment que l’augmentation programmée du coût du carbone pèse désormais « directement » sur la compétitivité et, potentiellement, sur la survie de pans entiers de l’industrie européenne.
Le fonctionnement du SEQE et l’objet du litige
Créé en 2005, le SEQE fixe un plafond global d’émissions pour certains secteurs intensifs en carbone, dont la sidérurgie, la chimie et la production d’électricité. Les entreprises doivent détenir des quotas correspondant à leurs émissions ; la quantité de quotas disponibles diminue progressivement pour pousser à la décarbonation.
Le prix du carbone européen a fortement augmenté ces dernières années et se situe aujourd’hui autour de 75 euros la tonne. À mesure que les plafonds se resserrent et que les allocations gratuites se réduisent, les coûts directs liés aux quotas pèsent davantage sur les industriels les plus émetteurs.
« Sous une pression extrême »
Dans leur courrier, les quatre groupes expliquent être placés « sous une pression extrême » par ce mécanisme et avertissent que l’Union européenne, en maintenant une trajectoire de coûts carbone élevée, s’expose à une perte de compétitivité si d’autres grandes zones économiques — États‑Unis, Chine — ne suivent pas des règles comparables.
Conséquences économiques et politiques pour la Belgique
Pour la Belgique, pays à forte présence industrielle dans certaines provinces wallonnes et flamandes, la lettre relance un débat déjà existant : comment concilier ambition climatique et maintien d’un tissu industriel viable ? Le dossier mobilise à la fois le niveau fédéral, qui pilote la diplomatie et la fiscalité, et les Régions, compétentes en matière d’énergie et d’industrie.
- Risque de délocalisation des sites les plus intensifs en émissions ;
- Pression sur l’emploi local dans les secteurs de l’acier et de la chimie ;
- Question de la compétitivité face à des concurrentes où le prix du carbone est moindre ou inexistant.
Les industriels demandent une « intervention immédiate » pour « stopper l’escalade des coûts liés au SEQE » afin d’éviter « de nouveaux dommages à la base manufacturière européenne ». Leur message est simple : l’Europe s’est engagée seule dans une voie coûteuse, et cette singularité pourrait coûter des pans de production.
Options politiques sur la table
Plusieurs leviers peuvent être envisagés par les institutions européennes ou par les États membres : temporiser la réduction des plafonds, revoir le calendrier de retrait des quotas gratuits, mettre en place des dispositifs de compensation sectorielle, ou accélérer les mesures de soutien à la décarbonation industrielle (investissements, aide à la modernisation). Chacune de ces options comporte des implications fiscales et environnementales différentes.
| Élément | Situation actuelle |
|---|---|
| Prix du carbone | ~75 €/t |
| Année de création du SEQE | 2005 |
| Principaux secteurs couverts | Sidérurgie, chimie, ciment, production d’électricité |
Au‑delà des ajustements techniques, la controverse rappelle la tension de fond entre objectifs climatiques européens et réalités concurrentielles mondiales. Les autorités belges — et régionales — seront attentives aux conclusions du sommet, qui pourrait décider d’aménagements temporaires ou d’un renforcement des mécanismes de soutien aux industries concernées.
La lettre des industriels jette une pression politique supplémentaire sur Bruxelles : la présidence du Conseil et les chefs d’État et de gouvernement devront désormais peser un arbitrage délicat entre ambition climatique et préservation d’un secteur industriel stratégique pour l’emploi et l’économie.