L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a placé la solitude au cœur des priorités de santé publique en 2025, estimant qu'elle touche environ un sixième de la population et qu'elle a des conséquences notables sur la santé, le bien‑être et l'espérance de vie. Parmi les réponses envisagées figure la prescription sociale, dispositif visant à orienter des patients vers des activités collectives ou des services locaux pour restaurer du lien social. Mis en œuvre dans une trentaine de pays, cet outil fait l'objet d'expérimentations en France depuis fin 2025.
Un principe simple, une mise en œuvre coordonnée
Au coeur du dispositif : le professionnel de santé qui signale la nécessité d'une réorientation sociale et un agent de liaison — parfois nommé « link worker » dans la littérature internationale — chargé d'accompagner le patient dans le recours aux ressources locales. Lors d'une expérimentation menée en banlieue lyonnaise entre octobre 2025 et mars 2026, le médecin de ville Guillaume Hamedi‑Sangsari, installé à Saint‑Fons (Rhône), décrit le geste clinique : remettre un flyer explicatif, expliquer que l'objectif est d'orienter « vers des activités locales qui peuvent l'aider à se remettre en mouvement et à soutenir le reste de sa prise en charge, sans frais pour lui », puis prévenir l'agent de liaison.
« J’explique au patient qu’il s’agit de l’orienter vers des activités locales qui peuvent l’aider à se remettre en mouvement et à soutenir le reste de sa prise en charge, sans frais pour lui. »
L'agent de liaison prend ensuite rendez‑vous — parfois au domicile —, aide au choix parmi les activités recensées sur le territoire, vérifie l'accessibilité en transports en commun, s'assure de la possibilité de garde d'enfants, accompagne le premier pas lorsque nécessaire, et assure un suivi régulier pour motiver ou réorienter le patient si besoin. Ce suivi permet également de tenir informé le prescripteur médical.
Activités concernées et bénéfices recherchés
Le champ d'intervention est volontairement large afin d'adapter l'offre aux besoins locaux et aux préférences des personnes :
- groupes de parole et soutien psychosocial ;
- activités physiques adaptées ;
- ateliers de cuisine et sorties culturelles ;
- jardinage thérapeutique ;
- engagement bénévole et actions intergénérationnelles.
L'objectif affiché n'est pas de remplacer un traitement médical mais de l'accompagner, en ciblant les déterminants sociaux susceptibles d'aggraver ou de maintenir des problèmes de santé. Les promoteurs du dispositif mettent en avant la dimension préventive et la potentialité d'améliorer l'adhésion aux parcours de soins.
Ce que dit l'OMS et l'état des preuves
La résolution de l'OMS de mai 2025 et le rapport de 236 pages qui l'accompagne ont pour but de sensibiliser les États à l'ampleur et aux conséquences sanitaires de la solitude, tout en proposant des pistes d'action dont la prescription sociale fait partie. Le rapport encourage notamment l'adaptation des réponses aux contextes locaux et la mise en place d'évaluations rigoureuses afin de mesurer l'impact sur la santé physique et mentale, ainsi que sur les inégalités.
Enjeux et limites
Plusieurs défis se posent pour la généralisation de la prescription sociale : la formation des prescripteurs, la disponibilité et la qualité des offres locales, le financement des « agents de liaison », et l'évaluation des résultats à moyen et long terme. Les promoteurs insistent sur l'importance d'un maillage territorial efficace et d'une coordination entre acteurs médicaux, associatifs et collectivités.
Enfin, si la prescription sociale est déjà testée dans une trentaine de pays, son efficacité dépendra de contextes locaux très variables. Les autorités sanitaires devront donc veiller à produire des évaluations robustes et à garantir que ces dispositifs ne creusent pas les inégalités d'accès aux activités et aux services.
La France, en expérimentant ce dispositif, s'inscrit dans une dynamique internationale initiée par l'OMS. Reste à documenter, avec rigueur, l'efficacité réelle de la prescription sociale pour qu'elle devienne — le cas échéant — un outil utile et complémentaire des politiques de santé publique.