Le Parlement hongrois a élu mardi président de la République Andras Baka, ancien président de la Cour suprême du pays, ont rapporté les médias. La candidature a recueilli 140 voix pour, contre 6 voix et aucune abstention, selon le compte rendu du vote.
Un choix porté par la majorité Tisza
Le nouveau chef de l’État, âgé de 73 ans, a été présenté par la majorité parlementaire du parti Tisza comme une personnalité apte à incarner l’unité nationale. Le chef du gouvernement Peter Magyar a salué la désignation sur Facebook, estimant que la carrière de M. Baka constituait « un exemple d'engagement envers l'État de droit ».
« digne d'incarner l'unité de la Nation »
La nomination intervient après des élections législatives et la constitution d’un nouveau gouvernement pro-européen. En choisissant un ancien haut magistrat connu pour son opposition aux dérives institutionnelles du passé, Tisza envoie selon des observateurs un signal aux partenaires européens sur la volonté de rétablir certaines garanties démocratiques.
Un retour après une éviction et une victoire à la CEDH
Andras Baka avait été évincé de la présidence de la Cour suprême en 2012 quand il avait dénoncé comme une « purge déguisée » l'abaissement de l'âge de départ à la retraite des juges. Il avait ensuite saisi la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), qui, en 2016, avait reconnu le caractère politique de ce limogeage et donné raison à M. Baka.
Son parcours comprend également un mandat de juge à la CEDH de 1991 à 2008 et une présence au Parlement dès 1990 sur la liste du parti conservateur MDF.
Lecture politique et réactions
Pour certains analystes, le retour d’Andras Baka par la « grande porte » doit être lu comme une volonté de rassurer les partenaires européens après une période qualifiée par des ONG de « capture de l’État ». Bulcsu Zsiga, du Centre pour l'analyse politique équitable, estime que Baka a « été allé jusqu'au bout pour démontrer que ce qui lui était arrivé était contraire au droit européen », rappelant ainsi la décision de la CEDH.
La présidence hongroise étant essentiellement protocolaire, cette nomination a néanmoins une portée symbolique forte : elle permet à la majorité de marquer une volonté de restaurer la confiance internationale, tout en récompensant un juge qui s'était opposé aux méthodes de l'ancien pouvoir.
- Vote parlementaire : 140 pour, 6 contre, 0 abstention
- Âge de M. Baka : 73 ans
- Occupation antérieure notable : juge à la CEDH (1991–2008) ; éviction de la Cour suprême en 2012
| Événement | Année |
|---|---|
| Élection au Parlement (MDF) | 1990 |
| Mandat à la CEDH | 1991–2008 |
| Éviction de la Cour suprême | 2012 |
| Décision favorable de la CEDH | 2016 |
La décision du parti Tisza de proposer M. Baka survient après le refus de la championne d’échecs Judit Polgar, à qui le poste avait initialement été offert. Le parti au pouvoir a indiqué avoir choisi M. Baka parmi trois candidats lors d’un vote à bulletins secrets.
De leur côté, les élus du parti Fidesz, dirigé par Viktor Orbán, ont annoncé qu’ils boycotteraient le vote, dénonçant son « illégitimité » après la réduction du mandat du précédent président, Tamas Sulyok, par la nouvelle majorité le mois précédent. Des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, ont critiqué cette éviction de M. Sulyok.
À court terme, la nomination d’Andras Baka apparaîtra comme un geste symbolique destiné à apaiser les relations avec l’Union européenne et à montrer la volonté de la nouvelle majorité de s’aligner sur des principes juridiques reconnus au niveau européen. À plus long terme, le rôle politique concret de la présidence hongroise restera limité par la nature largement protocolaire de la fonction, mais son poids symbolique et sa capacité à influencer le climat institutionnel du pays ne sont pas négligeables.