L’incendie qui ravage les Hautes Fagnes met en lumière une vulnérabilité structurelle : la Belgique ne dispose pas d’une flotte de bombardiers d’eau. Sur le terrain, les interventions au sol mobilisent autopompes, camions-citernes et matériel pour feux de végétation, mais lorsque la nature du sinistre rend des zones inaccessibles aux équipes, l’intervention aérienne devient déterminante.
Un terrain qui change la donne
Les autorités et experts consultés soulignent que ce n’est pas seulement la forêt qui brûle, mais aussi la tourbe. Certaines parcelles sont, selon les témoignages, impraticables même à pied, ce qui crée des foyers profonds et durables. Au point que, pour le Département de la Nature et des Forêts (DNF), ces incendies auront des conséquences sur la biodiversité et pourraient laisser des foyers actifs jusqu’à l’hiver.
Des capacités aériennes limitées
La Belgique s’appuie essentiellement sur les hélicoptères de la Police fédérale équipés de Bambi Buckets, capables d’emporter environ 1 000 litres d’eau par largage. En comparaison, les Chinook néerlandais déployés en renfort peuvent embarquer près de 3 000 litres. Lors du départ du feu, un seul hélicoptère belge était disponible, relève un acteur du terrain.
« Si j'étais une autorité politique, je me poserais des questions, car nous sommes largement à la traîne si on compare le matériel de nos pays voisins… »
Cette phrase, prononcée par Stéphane Thiry, résume le malaise : la Belgique a des moyens au sol, mais ses moyens propres d’intervention aérienne restent modestes et peuvent se révéler insuffisants face à des feux s’étendant sur des zones tourbeuses et difficiles d’accès.
Faut‑il acheter des bombardiers d’eau ?
La question d’acquérir des appareils type Canadair revient dans le débat. Plusieurs acteurs opérationnels tempèrent toutefois : s’il existe des zones d’écopage théoriques en Belgique, les pompiers privilégient souvent les hélicoptères. Ceux‑ci offrent une rotation plus rapide et un ciblage plus précis, notamment lorsque des points d’eau sont situés à proximité, permettant une rotation toutes les six à huit minutes selon les conditions.
Certains plaident en faveur d’appareils lourds tels que les Chinook, jugés « un luxe » utile pour transporter davantage d’eau et soutenir des largages plus volumineux. La Belgique, qui possède un parc aérien limité pour ce type d’opération, mise également sur des mécanismes de solidarité internationaux. Mais, comme le souligne un témoin, ces mécanismes peuvent prendre du temps : les renforts extérieurs peuvent n’arriver que trois jours après la demande d’aide.
Conséquences politiques et logistiques
Au‑delà de l’urgence opérationnelle, l’événement pose une question de priorités budgétaires et de planification stratégique au niveau fédéral et régional. Les ressources allouées aux services de secours, la coordination entre zones de police, Protection civile, DNF et armée, ainsi que la capacité à nouer et activer rapidement des accords d’entraide internationale seront au cœur du débat politique qui s’annonce.
- Moyens aériens belges : hélicoptères de la Police fédérale avec Bambi Buckets (~1 000 litres).
- Moyens étrangers mobilisés : Chinook néerlandais (~3 000 litres).
- Limite opérationnelle : zones de tourbe inaccessibles au sol, foyers potentiellement actifs jusqu’à l’hiver.
Le député régional ou le responsable politique appelé à trancher devra arbitrer entre l’achat d’équipements lourds, le renforcement des capacités héliportées et l’amélioration des mécanismes de coordination transfrontalière. Les propos de Jean‑Luc Crucke et d’autres élus, qui ont tiré la sonnette d’alarme sur la menace croissante des feux, devraient alimenter des débats budgétaires et de sécurité civile dans les prochaines semaines.
| Type d’appareil | Capacité approximative |
|---|---|
| Hélicoptère Police fédérale (Bambi Bucket) | ~1 000 litres |
| Chinook (renfort néerlandais) | ~3 000 litres |
Face à des épisodes de plus en plus fréquents et intenses liés au changement climatique, l’incendie des Hautes Fagnes illustre la nécessité d’une lecture stratégique des besoins nationaux en matière de lutte contre les feux de végétation. La question n’est plus seulement technique : elle engage des choix politiques sur les moyens à mettre en œuvre pour protéger les espaces naturels et les populations.