Noël Godin, humoriste et journaliste de cinéma belge célèbre pour ses « entartages » de personnalités, est décédé dimanche à l’âge de 80 ans. Né à Liège le 13 septembre 1945, il s’est imposé au fil des décennies comme une figure singulière de la satyre publique, marquée par des gestes devenus symboles : la tarte à la crème lancée contre ceux qu’il qualifiait de vaniteux.
Une deuxième vie née d’un canular littéraire
La légende de ses actions commence dans les pages d’une revue belge de cinéma où il invente un personnage, Georges Le Gloupier. Par ironie littéraire, il prétend y avoir « entarté » le cinéaste Robert Bresson. L’écrivaine Marguerite Duras, qui figurait dans ces textes imaginaires, finit par prendre part à la fable : en visite en Belgique, elle applique la plaisanterie au réel et reçoit une tarte à la crème le 11 novembre 1969, épisode qui marque le passage du « faux » au geste public réel pour Godin.
Des cibles internationales et une devise provocatrice
Au fil des ans, Noël Godin aura « entarté » ou revendiqué la responsabilité d’attaques pâtissières visant des personnalités de premier plan, de la romancière française à des figures internationales. Parmi les cibles les plus connues figurent :
- Marguerite Duras — 11 novembre 1969
- Nicolas Sarkozy — action organisée en 1997 par des complices, Godin restant en retrait pour ne pas être reconnu
- Bill Gates — en 1998
«Entartons les pompeux cornichons!»
Cette formule, devenue emblématique, résume la volonté provocatrice de Godin : s’attaquer à ce qu’il considérait comme l’arrogance ou la suffisance des puissants et des vedettes. Il revendiquait notamment d’avoir visé à plusieurs reprises l’essayiste Bernard-Henri Lévy — « huit fois », disait-il — et soulevait, par là, une forme de rituel contestataire souvent relayé et imité hors de Belgique.
Une pratique ambiguë, entre satire et confrontation
Les entartages de Godin ont suscité des réactions contrastées : pour certains, il s’agissait d’un geste satirique et inoffensif, destiné à ridiculiser l’arrogance des puissants ; pour d’autres, ces actes relevaient d’une forme d’agression publique. Plusieurs de ces événements ont été largement médiatisés et ont contribué à forger l’image d’un personnage provocateur, qui aimait se présenter sous le nom de scène de Georges Le Gloupier.
En 2021, confronté à l’idée de sa disparition, Godin reconnaissait toute l’importance symbolique de son rôle : « À vrai dire quand il ne sera plus là, je serai désemparé », confiait-il, soulignant combien son activité, quoique contestée, structura sa vie publique.
Héritage et conséquences
Le décès de Noël Godin pose la question de la place et des limites de la satire dans l’espace public. Son action aura :
- donné lieu à des débats sur la légitimité de la dérision physique dans la critique sociale ;
- inspiré des imitateurs à l’étranger, transformant un geste belge en un phénomène international ;
- écrit une page particulière de l’histoire culturelle belge, mêlant humour, provocation et littérature.
| Personnalité | Année | Contexte |
|---|---|---|
| Marguerite Duras | 1969 | Premier entartage notable, acte inaugural du passage du roman au réel |
| Nicolas Sarkozy | 1997 | Action organisée par des complices, Godin resté en retrait |
| Bill Gates | 1998 | Entartage médiatisé à l’échelle internationale |
Si son geste restera polémique, il fait partie intégrante du paysage culturel belge de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe. Sa disparition intervient à 80 ans, laissant derrière lui une trajectoire qui nourrit réflexions et controverses sur la satire, la liberté d’expression et les formes de la protestation publique.
La rédaction suit de près les réactions du monde culturel et des personnalités qui ont croisé sa trajectoire. Nous publierons des témoignages et réactions au fur et à mesure de leur réception.