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La fonte du pergélisol risque de libérer des gènes de résistance aux antibiotiques, alertent des chercheurs

Avec le réchauffement, des microbes emprisonnés dans les glaces depuis des millénaires réapparaissent et certains portent des gènes résistants, y compris contre la vancomycine ; les outils de séquençage offrent cependant une fenêtre d’alerte pour limiter la propagation.

La fonte du pergélisol risque de libérer des gènes de résistance aux antibiotiques, alertent des chercheurs
©Illustration IA Thibault Godart / we-news.com

Le dégel progressif des sols gelés de la planète pourrait remettre en circulation des bactéries anciennes dotées de mécanismes de résistance aux antibiotiques, selon des synthèses récentes relayées par la presse scientifique. Des micro-organismes libérés du pergélisol portent notamment des gènes qui, s’ils se transmettaient à des pathogènes contemporains, compliqueraient la prise en charge d’infections sévères.

Des résistances millénaires à l’heure du réchauffement

Avec la hausse des températures, des communautés microbiennes longtemps enfermées dans les glaces retrouvent progressivement l’environnement surface. Les analyses mettent en évidence la présence, chez certaines de ces bactéries, de determinants génétiques de résistance aux antibiotiques. Parmi ceux-ci figurent des mécanismes rendant inefficace la vancomycine, un antibiotique utilisé comme traitement de dernier recours pour des infections graves.

Surveillance génétique et prévention

La bonne nouvelle réside toutefois dans l’évolution des méthodes de détection : les technologies de séquençage et la surveillance génomique permettent aujourd’hui d’identifier des gènes de résistance avant qu’ils ne s’installent dans des bactéries pathogènes. Cette approche préventive peut ouvrir la voie au développement d’antibiotiques ou de stratégies thérapeutiques adaptées en amont, évitant d’attendre que l’échec d’un traitement révèle la présence d’un nouveau mécanisme de résistance.

« Au lieu d'attendre qu'un gène de résistance provoque un échec thérapeutique à l'hôpital, nous pouvons commencer à identifier plus tôt les signaux d'alerte »,

souligne Kawther Zaher, virologue à l'université du roi Abdulaziz, citée dans les articles scientifiques et de vulgarisation.

Un phénomène déjà lié au climat

La résistance aux antibiotiques n’est pas uniquement un problème de mauvaise utilisation des médicaments : des études récentes ont montré que le réchauffement climatique favorise aussi l’émergence et la dissémination de gènes de résistance. Une recherche publiée en avril dans la revue Nature a, par exemple, établi une corrélation entre hausse des températures et augmentation de la résistance chez les bactéries des sols de prairies, renforçant l’hypothèse d’un rôle climatique dans la dynamique des résistances.

Impacts sanitaires et chiffres

La résistance aux antibiotiques est déjà une cause majeure de mortalité. En 2019, les infections bactériennes résistantes aux médicaments ont été responsables d’environ 1,27 million de décès dans le monde. Les projections citées par les chercheurs suggèrent que ce chiffre pourrait atteindre jusqu’à 1,9 million par an d’ici 2050 si rien n’est fait pour freiner la tendance.

Année Décès attribués aux infections résistantes
2019 1,27 million
Projection 2050 1,9 million

Pour les scientifiques interrogés, l’accélération du réchauffement implique que « les communautés microbiennes, la faune et, à terme, les systèmes humains » seront de plus en plus exposés à la menace croissante des résistances, avertit l’écologiste Jabir Thajudeen du Centre national indien de recherche évoqué dans la synthèse.

  • Des bactéries anciennes libérées par le pergélisol possèdent des gènes de résistance, y compris contre la vancomycine.
  • Les outils de séquençage offrent une capacité d’alerte précoce pour détecter ces gènes avant leur transfert aux pathogènes.
  • Le changement climatique est identifié comme un facteur favorisant la dissémination des résistances, avec des conséquences sanitaires majeures.

Sur le plan pratique, ces constats renforcent l’appel à une surveillance globale intégrant données climatiques, écologie microbienne et systèmes de santé. En Belgique comme ailleurs, la prévention de la dissémination des gènes de résistance reposera sur une combinaison de contrôle de l’usage des antibiotiques, de renforcement des capacités de surveillance génomique et d’attention accrue aux effets sanitaires du dérèglement climatique.

Les progrès méthodologiques offrent aujourd’hui une fenêtre d’intervention, mais les auteurs signalent qu’il est crucial d’agir rapidement pour limiter le risque d’une recombinaison entre ces gènes anciens et des bactéries responsables d’infections humaines.

Thibault Godart
Thibault IA Chef du desk Sciences en ligne

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