Face aux températures élevées et à la pression sur les ressources hydriques, une petite exploitation bruxelloise mise sur l’aquaponie, une méthode de culture en circuit fermé qui combine élevage de poissons et cultures maraîchères. Le système repose sur un cycle où les déjections des poissons nourrissent les plantes, l’eau étant ensuite recyclée vers le bassin piscicole.
Un système fermé, peu consommateur d’eau
Dans cette installation, une quarantaine de poissons — des carpes — sont au cœur du dispositif. Les eaux du bassin, enrichies par leurs déjections, sont envoyées vers des bacs de culture remplis de billes d’argile. Ces billes hébergent des bactéries qui transforment les déchets organiques en nitrates assimilables par les végétaux. Une fois filtrée par les plantes, l’eau retourne au bassin et le cycle continue.
« Le plus gros avantage, c’est qu’on économise 90 % d’eau par rapport à l’agriculture classique. Ici, il n’y a jamais besoin de rajouter de l’eau puisque les plantes sont alimentées en eau et en nourriture grâce à l’eau du bassin et aux déjections des poissons. »
Ce chiffre, avancé par l’exploitante, explique en grande partie l’intérêt de cette méthode en période de canicule ou de restriction d’eau. L’aquaponie permet aussi d’installer des cultures sur de petites surfaces, ce qui la rend adaptée à l’environnement urbain.
Des cultures variées et une densité de plantation augmentée
Sur le plan des productions, l’exploitation bruxelloise concentre ses cultures sur des herbes aromatiques et des fleurs — ces dernières destinées notamment à attirer des insectes utiles — mais la technique est également compatible avec des légumes. Contrairement aux cultures en pleine terre, les racines n’ont pas besoin de s’étaler pour chercher des nutriments : elles poussent « droites », permettant des plantations plus serrées, ce qui optimise le rendement au m².
- Localisation : en plein cœur de Bruxelles.
- Stock piscicole : une quarantaine de carpes.
- Support de culture : billes d’argile abritant des bactéries nitrifiantes.
- Production : herbes aromatiques et fleurs, avec possibilité d’autres légumes.
- Atout majeur : économie d’eau évaluée à 90 % par rapport à l’agriculture classique.
Une technique modulable et urbaine
L’un des atouts de l’aquaponie est sa modularité : le système peut s’adapter à différentes échelles et être installé en milieu urbain, dans des serres, des hangars ou des espaces partagés. Cette caractéristique en fait une solution intéressante pour des villes confrontées à la raréfaction de l’eau et au besoin d’agriculture de proximité.
La méthode n’est toutefois pas encore largement répandue. À Bruxelles, quelques initiatives émergent et des exploitations plus grandes existent déjà, notamment à Anderlecht où l’on évoque la présence d’une ferme aquaponique de grande taille en Europe, signe que la pratique gagne du terrain sur le continent.
| Critère | Aquaponie (exploitation bruxelloise) | Agriculture traditionnelle |
|---|---|---|
| Consommation d’eau | -90 % | Référence |
| Surface nécessaire | Faible (plantations serrées) | Plus importante |
| Type de production | Herbes aromatiques, fleurs, légumes possibles | Larges cultures maraîchères |
Si l’aquaponie promet de réduire fortement la consommation d’eau et d’optimiser l’espace, elle soulève aussi des questions opérationnelles : gestion de la biofiltration, contrôle des paramètres d’eau, investissement initial et formation des exploitants. Ces éléments déterminent la viabilité et la diffusion de la pratique.
À Bruxelles, l’exemple de cette petite exploitation illustre une tendance plus large : à mesure que les villes cherchent des solutions pour produire localement tout en préservant les ressources, l’aquaponie apparaît comme une piste concrète, adaptable et économiquement intéressante pour certains circuits courts.
Reste à voir si cette méthode, encore marginale, parviendra à se structurer à plus grande échelle et à convaincre un nombre croissant d’acteurs — agriculteurs urbains, collectivités et consommateurs — de ses bénéfices en matière de résilience hydrique et d’agriculture durable.