Dans les jardins familiaux du Pré Saint‑Gall, à Strasbourg, le spectacle est saisissant : des carrés de terre asséchés, des plants qui peinent à fructifier et des jardiniers contraints de multiplier les efforts pour sauver quelques légumes. Pour Christian Gonnord, locataire d’un lopin et septuagénaire actif au quotidien, « un été comme celui‑ci, je n’ai jamais connu ça ». Il partage son temps entre binette et arrosage aux premières heures de la journée, espérant tirer profit de quelques averses éparses.
Un potager mis à rude épreuve
Selon les informations recueillies auprès des jardiniers du site, la chaleur et le manque d’eau ont déjà provoqué plusieurs pertes : haricots grillés à deux reprises pour M. Gonnord, tomates qui n’atteignent pas leur calibre habituel et courgettes au développement ralenti. Les carottes ne lèvent pas, et les salades sont pratiquement inexistantes, y compris sur les marchés locaux, remarquait le jardinier.
« Tout est en avance d’un mois »
Cette phrase, répétée par certains, traduit un double phénomène : d’une part, une accélération du cycle végétatif due aux hautes températures ; d’autre part, un raccourcissement des fenêtres culturales et une augmentation du risque de perte de récoltes face aux épisodes de chaleur. Pour les jardiniers amateurs, la contrainte est aussi économique et récréative : si l’objectif n’est pas toujours la production commerciale, les potagers restent un moyen de réduire la facture alimentaire et de profiter du plein air.
Des pratiques adaptées… mais limitées
Au Pré Saint‑Gall, les réponses consistent en pratiques traditionnelles d’économe en eau : arrosages très matinaux, buttage ou paillage pour préserver l’humidité, et tentatives de semis différés pour profiter d’éventuelles pluies. Malgré cela, plusieurs tentatives ont échoué. M. Gonnord, aidé par son épouse Geneviève, a préparé un petit carré de terre, profitant d’une pluie survenue quelques jours auparavant pour repiquer des haricots. Après deux pertes successives, il tente une troisième fois, prêt à récolter « après l’été » si nécessaire.
Le constat est partagé par d’autres jardiniers : la production, quand elle existe, est souvent plus petite, la peau des tomates s’épaissit sous l’effet de la sécheresse, et la maturité des cultures paraît décalée par rapport aux années précédentes.
Conséquences locales et lien avec l’agriculture
Plusieurs jardiniers témoignent d’une inquiétude pour les producteurs professionnels. Le lien familial de certains amateurs avec des maraîchers renforce la perception d’une situation préoccupante : « nous, on n’en vit pas, mais eux… », résume l’un d’eux, pensant aux conséquences économiques pour les exploitations. La raréfaction de certaines légumes sur les marchés — citée notamment pour les salades — illustre déjà cette transmission des effets de la sécheresse du champ au consommateur.
| Légume | Problème observé |
|---|---|
| Haricots | Plans grillés à répétition, tentatives de repiquage |
| Tomates | Manque de croissance, peau épaissie |
| Courgettes | Développement ralenti, petites tailles |
| Carottes | Levée difficile |
| Salades | Quasi‑disparition sur les parcelles et raréfaction sur les marchés |
Conseils et perspectives pour les jardiniers
Face à des conditions sèches persistant depuis plusieurs mois, plusieurs pratiques recommandées aux jardiniers amateurs permettent de limiter les pertes sans nécessiter d’équipement professionnel :
- Privilégier les arrosages tôt le matin ou en soirée pour réduire l’évaporation ;
- Renforcer le paillage (paille, tontes sèches) pour conserver l’humidité du sol ;
- Espacer ou regrouper les semis pour tester différentes fenêtres culturales ;
- Favoriser des variétés résistantes à la sécheresse quand cela est possible ;
- Échanger avec les jardiniers et les maraîchers locaux pour mutualiser les bons gestes et partager des plants résistants.
Pour les habitants du Bas‑Rhin, la situation des jardins familiaux illustre à petite échelle les enjeux plus vastes du changement climatique et de la gestion de l’eau. Entre pratique quotidienne et solidarité locale, les jardiniers du Pré Saint‑Gall tentent d’adapter leurs savoir‑faire traditionnels à un été qui, pour beaucoup d’entre eux, restera difficile.
Reportage depuis Strasbourg.