La récente nomination du commissaire divisionnaire Ugo Pizzo au poste de directeur territorial adjoint de la Police nationale à La Réunion suscite une vive réaction syndicale. Dans un communiqué relayé localement, la Confédération générale du travail de La Réunion (CGTR) dénonce « la méthode » et s'interroge sur les critères qui ont prévalu dans ce choix, alors que deux commissaires divisionnaires déjà en poste sur l'île auraient été candidats.
Un choix perçu comme un manque de reconnaissance des compétences locales
La CGTR affirme ne pas remettre en cause les compétences professionnelles du fonctionnaire nommé, mais pointe du doigt le principe : pourquoi privilégier, selon elle, un responsable venu de l’Hexagone, peu familier des « spécificités » réunionnaises, au détriment de cadres locaux possédant « une connaissance approfondie du territoire » ?
Les questions soulevées par le syndicat visent autant la transparence des procédures que la considération accordée aux agents réunionnais dans l'accès aux responsabilités. Pour la CGTR, si la connaissance du territoire et l’ancrage local ne constituent jamais un avantage dans les nominations, alors c’est l’ensemble du système de reconnaissance des compétences qui est en cause.
« La Réunion ne peut pas être éternellement considérée comme un territoire d’affectation »
Un contexte d'accusations récurrentes
Le syndicat rappelle que cette polémique s’inscrit dans une série de situations similaires, citant notamment la nomination du directeur général de la CGSS Réunion, qui, selon la CGTR, avait suscité de fortes réserves au sein du conseil d’administration. Sans toutefois nommer d’autres cas précis, la confédération estime que des responsabilités ont, à plusieurs reprises, été confiées à des personnes venues de l’Hexagone alors que des professionnels locaux disposaient de l’expérience requise.
La CGTR réclame des explications claires de l’administration sur les critères ayant conduit à la désignation de M. Pizzo et, plus largement, sur la manière dont sont appréciées l’expérience et la connaissance locale lors des processus de nomination.
Quels points soulève la CGTR ?
- La transparence des critères de sélection pour les postes à responsabilité.
- La prise en compte de l’expérience locale et de l’ancrage réunionnais.
- La nécessité d’expliquer publiquement les décisions de nomination lorsqu’elles suscitent des réserves.
Le syndicat demande que l’administration justifie précisément son choix si les candidats locaux n’avaient pas le profil requis. À défaut d’explication, la CGTR considère que le signal envoyé est problématique pour la reconnaissance des compétences ultramarines.
La préoccupation des acteurs locaux
Sur le terrain, ces questions trouvent un écho particulier : les responsables syndicaux et certains observateurs mettent en avant l’importance d’une connaissance fine des réalités locales pour exercer des fonctions de direction, notamment dans un contexte insulaire et ultramarin marqué par des enjeux spécifiques de sécurité, d’urbanisme et de relations avec les institutions locales.
Pour l’instant, la préfecture et la direction de la Police nationale n’ont pas diffusé de réponse publique détaillant les motifs ayant conduit à la nomination de Ugo Pizzo. L’absence de communication officielle alimente les interrogations exprimées par la CGTR et appelle, pour plusieurs acteurs locaux, des éclaircissements.
Tableau récapitulatif
| Poste | Personne nommée | Origine |
|---|---|---|
| Directeur territorial adjoint de la Police nationale (La Réunion) | Ugo Pizzo | Venu de l’Hexagone |
Le tableau ci‑dessus résume la situation telle qu’exposée par la CGTR : une nomination externe au détriment de candidatures locales, selon le syndicat.
Quelles suites possibles ?
Si la CGTR évoque la question de fond — la reconnaissance des compétences ultramarines — elle peut aussi, selon ses usages, engager des actions de communication et de mobilisation. À court terme, la voie la plus directe pour apaiser les tensions serait une réponse officielle explicitant les critères d’affectation et, le cas échéant, les raisons du choix opéré. Sans éléments nouveaux, le débat sur la place des cadres réunionnais dans l’administration locale devrait se poursuivre.
À La Réunion, où le sentiment d’un traitement différencié par rapport à l’Hexagone peut être fort, la nomination de cadres extérieurs demeure un sujet sensible. Les autorités administratives sont désormais attendues pour éclairer les débats et rassurer les acteurs locaux sur la prise en compte effective des compétences réunionnaises.
Naïla Payet, correspondante à La Réunion