La fermeture de la Route des Laves, qui a isolé des pans du Sud-Est de La Réunion après l’éruption, a entraîné une onde de choc pour les petites entreprises de Sainte-Rose et Saint-Philippe. Pour répondre à cette situation, la Région a débloqué un fonds exceptionnel de 500 000 € destiné à compenser la perte d’activité des professionnels touchés. Mais, à ce jour, seuls 67 000 € ont été versés, répartis entre dix entreprises ayant démontré une baisse d’activité sur la période de mars à juin.
Critères stricts et barrières administratives
Plusieurs chefs d’entreprise locaux estiment que les conditions pour bénéficier de l’aide étaient difficiles à réunir, en particulier pour des structures déjà fragilisées économiquement. Le dispositif imposait, entre autres, d’être à jour de ses cotisations sociales et de ses impôts, ainsi que de justifier une perte d’activité minimale de 30 % par rapport à l’année précédente — exigence qui a compliqué les comparaisons et la constitution des dossiers.
« Il fallait avoir un minimum de 30 % de perte par rapport à l’année 2024. Donc il fallait reporter 2024 à 2025 et voir la perte, et avoir un minimum de 30 % de perte. La difficulté principale qui a empêché les entreprises de faire la demande justement de cette aide-là, c’est le fait qu’il fallait être à jour des cotisations sociales et aussi des impôts pour pouvoir bénéficier de cette aide. »
Cette réflexion revient dans le témoignage d’Ulrich Payet, gérant de L’Atelier Palmiste Rouge, qui a déployé du temps pour constituer son dossier et satisfaire aux exigences fiscales et sociales. Une contrainte que certaines entreprises n’ont pas pu lever, faute de trésorerie suffisante pour régulariser leurs situations.
Manque d’information et renoncements
Au-delà de la conditionnalité financière, plusieurs acteurs interrogés dénoncent un déficit d’information. Certains professionnels ont confié avoir dû se renseigner par eux-mêmes et regrettent l’absence d’une communication ciblée par mail ou par les chambres consulaires.
« Les entreprises auraient dû avoir un mail pour informer de cette aide. Si on ne voit pas le journal ou si personne ne nous dit, on n’a pas l’information. »
Ce constat est illustré par le cas de Top Garage, à Saint-Philippe : la fermeture de la route et la perte d’accès à des secteurs jusqu’à Saint-Benoît ont exclu des parties de leur activité, conduit au chômage d’un salarié et réduit la clientèle. Pourtant, l’entreprise n’a pas forcément bénéficié de l’accompagnement attendu pour monter un dossier.
Chiffres clés
| Montant du fonds | Montant versé | Nombre de bénéficiaires | Période évaluée |
|---|---|---|---|
| 500 000 € | 67 000 € | 10 | mars–juin |
Ces chiffres montrent que le dispositif, bien qu’annoncé comme significatif, n’a pour l’instant profité qu’à une minorité des entreprises ciblées. Les raisons invoquées — critère de perte minimale, régularité fiscale et sociale, et manque d’information — expliquent en grande partie ce faible taux d’activation.
Conséquences locales et préoccupations
La faiblesse des versements inquiète des commerçants, artisans et prestataires de services qui subissent la contraction des flux dus à la fermeture routière. Pour certains, la perte de clientèle a des répercussions durables : fermetures temporaires, réduction d’heures de travail, ou difficulté à maintenir des investissements. À court terme, l’absence d’une aide plus accessible risque d’accentuer la fragilité financière de petites structures déjà exposées aux aléas économiques et naturels.
Voies d’amélioration évoquées
- Allégement ou adaptation des critères d’éligibilité pour tenir compte de la situation structurelle des TPE/PME.
- Renforcement de l’information proactive (envois ciblés, relais par les chambres consulaires, permanences locales).
- Simplification des démarches pour les entreprises qui ne sont pas à jour mais dont l’activité a été directement impactée.
Ces pistes ne figurent pas formellement dans les éléments communiqués par la Région, mais elles ressortent des témoignages et des difficultés pratiques rencontrées par les demandeurs.
Alors que la saison économique reste incertaine pour les communes du Sud-Est, la question d’un accompagnement mieux ciblé et plus facilement mobilisable demeure posée. Les professionnels attendent désormais des précisions sur l’ouverture éventuelle d’un second volet d’aide ou sur des mesures complémentaires pour atteindre les entreprises qui n’ont pas pu remplir les conditions administratives strictes du premier dispositif.
Suivi et réactions des autorités territoriales seront à surveiller afin d’évaluer si la totalité des 500 000 € pourra un jour jouer pleinement son rôle de soutien aux économies locales durement éprouvées par la fermeture de la Route des Laves.