Un trésor matériel et graphique repris par la collectivité
Depuis janvier 2026, la ville d'Épinal est devenue propriétaire de la dernière Imagerie encore active au monde, fondée en 1796 par Jean-Charles Pellerin. L'établissement ouvre pour la collectivité un ensemble patrimonial rare : près de 7 000 pierres lithographiques, 1 400 bois gravés et 23 machines du XIXe siècle, tous classés monuments historiques. Ce fonds constitue à la fois un héritage culturel et un potentiel économique, mais il n'a pas de modèle économique immédiatement exportable.
Appel à projets et enjeux de gestion
Pour définir un opérateur capable de faire vivre l'atelier de production et de lancer l'écomusée attenant, la ville a publié un appel à projets. L'objectif est de retenir, avant la fin septembre, un exploitant qui assurera à la fois la production, l'accueil du public et le développement d'activités autour de ce patrimoine graphique.
« La ville vient de récupérer la dernière fabrique d'images du monde et cherche déjà qui la fera tourner. »
La démarche dépasse le seul souci patrimonial : Épinal considère l'Imagerie comme une ressource territoriale susceptible d'apporter une activité moins saisonnière que le tourisme montagnard et moins exposée à la délocalisation que l'industrie traditionnelle.
Un modèle hybride, entre musée et PME créative
Plusieurs constats ressortent du dossier. D'abord, le label « Entreprise du patrimoine vivant » valorise un savoir-faire mais ne garantit pas l'autofinancement. Entre vente d'objets, visite guidée, ateliers et production contemporaine, l'Imagerie devra fonctionner comme une structure hybride, mêlant logique muséale et dynamique d'une petite entreprise créative.
- Ateliers de production et conservation des machines et matrices historiques ;
- Accueil des publics, médiation et développement d'un écomusée actuellement non labellisé ;
- Commercialisation (boutique, éditions, produits dérivés) et commandes contemporaines pour assurer des revenus réguliers.
Ressources, contraintes et pistes de viabilité
Pour être viable, le projet devra trouver un équilibre entre dépenses de conservation — importantes compte tenu de l'ancienneté des matériels classés — et recettes diversifiées. La valorisation d'une marque territoriale « Imagerie d'Épinal » est envisagée par la municipalité comme levier marketing : elle pourrait créer des synergies avec l'offre touristique locale, l'artisanat et des collaborations culturelles. Mais ces retombées commerciales exigent un opérateur capable d'investir dans la mise en marché, la communication et des partenariats.
| Actif | Quantité |
|---|---|
| Pierres lithographiques | ~7 000 |
| Bois gravés | ~1 400 |
| Machines XIXe | 23 |
Les candidats à l'appel à projets devront donc proposer un modèle d'exploitation répondant à plusieurs exigences : conservation du patrimoine matériel, programmation culturelle et pédagogique, et viabilité économique via une diversification des sources de revenus. Les partenariats publics-privés ou les coopérations avec des acteurs culturels nationaux figurent parmi les options plausibles, mais l'appel à projets précisera les modalités contractuelles et financières attendues.
Conséquences pour le territoire
Si le montage retenu aboutit, l'Imagerie pourrait jouer un rôle d'ancrage pour la stratégie de développement local. Elle offrirait des emplois — directs dans l'atelier et indirects dans la médiation, la boutique et le tourisme — et renforcerait l'attractivité culturelle d'Épinal. À défaut d'un modèle unique, la collectivité mise sur une approche combinant activités marchandes, offres de visite et actions de formation pour pérenniser l'ensemble.
Reste la question clé posée par la mairie : trouver « qui la fera vivre ». Le choix de l'exploitant déterminera à la fois la préservation du patrimoine et la capacité de l'Imagerie à produire des retombées économiques durables pour Épinal.