Une équipe scientifique internationale met en garde contre une conséquence méconnue de l'aménagement des territoires : des transformations des sols, parfois anciennes, peuvent augmenter le risque de tsunami dans de grands lacs. Publiée le 15 octobre dans la revue Nature Communications, l'étude s'appuie sur l'analyse du lac d'Iseo, dans le nord de l'Italie, et restitue deux vagues violentes survenues au cours du Moyen Âge.
Preuves géologiques et traces historiques
Les auteurs — parmi lesquels figurent des chercheurs de l'Université Savoie Mont Blanc (USMB), du CNRS et de l'Université de Berne — ont combiné données sédimentaires et archives pour reconstituer ces événements passés. Le lac d'Iseo, l'un des plus étendus de la région avec une surface de 60,9 km², conserve dans ses sédiments des signatures des ondes de fond liées à des tsunamis lacustres, ainsi que des indices concordants dans les sources historiques.
Les analyses montrent que des épisodes d'érosion des deltas ont précédé ces vagues, fragilisant les lisières lacustres et favorisant des effondrements sous-marins susceptibles de générer des ondes importantes. Les chercheurs soulignent que cette vulnérabilité peut être la conséquence non seulement de catastrophes naturelles, mais aussi d'activités humaines ayant modifié durablement la couverture végétale et la perméabilité des sols.
Une menace retardée par les siècles
Un point central de l'étude est le décalage temporel : les effets des transformations du paysage peuvent se manifester plusieurs siècles après les interventions humaines. Autrement dit, des modifications anciennes du sol — par exemple par mise en culture, déboisements ou travaux d'aménagement — peuvent, au fil du temps et d'un processus d'érosion progressive, conduire à une fragilisation des deltas lacustres et accroître le risque d'effondrements susceptibles de provoquer des tsunamis.
Ce mécanisme, mis en évidence pour le lac d'Iseo, invite à repenser l'évaluation du risque dans les zones lacustres montagneuses où de nombreux deltas côtoyant des zones habitées ou touristiques résultent d'interactions longues entre l'homme et le milieu.
Implications pour la gestion des risques et la recherche
Les résultats ont des implications pratiques pour la prévention : cartographies des zones à risque, surveillance des deltas lacustres, gestion des bassins versants et prise en compte de l'histoire des usages du sol dans l'évaluation des dangers. Ils soulignent également la nécessité d'intégrer des données paléosismologiques et géo-historiques dans les stratégies locales d'aménagement et de sécurité civile.
Sur le plan scientifique, cette étude illustre l'intérêt de croiser disciplines et archives — géologie, géomorphologie, histoire — pour reconstituer des événements extrêmes qui n'apparaissent pas dans la mémoire collective moderne mais restent enregistrés dans le paysage.
- Surface du lac d'Iseo : 60,9 km².
- Publication : 15 octobre, Nature Communications.
- Institutions impliquées : Université Savoie Mont Blanc, CNRS, Université de Berne (liste non exhaustive).
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Lac étudié | lac d'Iseo |
| Surface | 60,9 km² |
| Publication | 15 octobre dans Nature Communications |
En rappelant que les paysages sont le produit d'interactions longues entre processus naturels et activités humaines, l'étude plaide pour une lecture historique et géomorphologique des risques naturels. Les gestionnaires de territoires lacustres et les scientifiques sont ainsi invités à intégrer ces dynamiques différées dans leurs diagnostics afin de mieux protéger populations et infrastructures.
La démonstration apportée pour le lac d'Iseo ouvre la voie à des recherches comparatives sur d'autres grands lacs alpins et plus largement, sur des plans d'eau présentant des deltas anciens et des usages du sol transformés par l'homme. Comprendre ces héritages est une étape essentielle pour anticiper des phénomènes extrêmes dont la genèse remonte parfois à des siècles.