Sciences

Au MEG, une exposition interroge nos manières d’imaginer et de construire le futur

Le Musée d'ethnographie de Genève propose une exposition qui scrute, par objets et récits, les façons diverses — culturelles, artistiques et techniques — dont les sociétés conçoivent l'avenir. Conçue avec des adolescents, la manifestation invite à repenser notre rapport au temps et au progrès.

Au MEG, une exposition interroge nos manières d’imaginer et de construire le futur
©Illustration IA Julien Vaillant / we-news.com

Le Musée d'ethnographie de Genève (MEG) a ouvert une nouvelle exposition consacrée à la question du futur, en prolongement d'un cycle amorcé en 2025. L'événement, fruit d'un travail pluridisciplinaire associant designers, artistes et scientifiques, a pour ambition de « réenchanter » notre regard sur l'avenir en confrontant des perspectives culturelles et temporelles très variées.

Un regard anthropologique sur le temps et le devenir

Plutôt que d'opposer une vision unifiée du progrès, la scénographie du MEG propose au visiteur d'explorer plusieurs manières de penser le temps et le devenir. L'exposition est structurée en quatre sections, chacune liée à une conception différente du temps — cyclique ou linéaire — et à des pratiques associées pour dialoguer avec ce qui vient.

« Réenchanter la Terre »

Cette formule, qui donne son fil conducteur à l'ensemble, traduit la volonté des commissaires d'inscrire la réflexion sur le futur dans une perspective écologique et relationnelle : il ne s'agit pas seulement d'anticiper des technologies, mais de repenser notre coexistence avec les éléments qui composent les écosystèmes.

Des objets, des récits, des instruments pour imaginer des lendemains

Le parcours mêle objets anciens et créations contemporaines, rassemblés comme dans un cabinet de curiosités. Ces pièces — qui constituent autant de « preuves » que l'homme a toujours cherché à envisager l'avenir — servent d'appui pour interroger le rôle du progrès technique, les stratégies d'adaptation et les imaginaires désirables.

Parmi les éléments rassemblés, l'exposition présente des pratiques de divination et d'anticipation issues de cultures non occidentales. Exemple frappant : un « oracle à souris », originaire de la culture baoulé en Côte d'Ivoire. Il s'agit d'une méthode de divination où des souris déplacent des bâtonnets dans une boîte ; la lecture de leur position permet, selon la tradition, de formuler des prédictions.

Participation des adolescents et dimension éducative

Le MEG a conçu cette présentation en collaboration avec des adolescents, conscients qu'ils sont parmi les principaux concernés par les enjeux à venir. Cette association vise à inclure des perspectives de jeunesse dans la construction d'espaces d'anticipation et à expérimenter des formes de dialogue intergénérationnel sur le sens du progrès et la désirabilité des futurs proposés.

  • Cycle initié en 2025 et poursuivi par l'exposition actuelle.
  • Approche pluridisciplinaire : designers, artistes, scientifiques et adolescents.
  • Mélange d'objets historiques et de créations contemporaines pour questionner le temps.

Conséquences et enjeux

Au-delà de l'intérêt muséographique, l'exposition soulève des questions qui dépassent la salle d'exposition : comment intégrer des savoirs locaux et des pratiques culturelles diverses dans la planification des politiques publiques ? Comment les imaginaires collectifs influencent-ils l'adoption ou le rejet d'innovations technologiques ? En présentant des manières variées de concevoir l'avenir, le MEG invite à relativiser l'idée d'un unique progrès linéaire et à penser des futurs pluriels et pluralistes.

La démarche du musée rejoint des débats contemporains sur l'éducation au climat, la participation des jeunes et la nécessité de dialogues interdisciplinaires pour aborder des problèmes systémiques. En montrant que l'anticipation n'est pas l'apanage des experts ou des technologies, l'exposition insiste sur la valeur des pratiques culturelles, des arts et des perspectives autochtones dans la construction de scénarios acceptables et soutenables.

Pour le visiteur, l'exposition offre autant une expérience esthétique qu'un catalyseur de réflexion : elle propose des outils pour questionner ses propres représentations du temps et du progrès, et, peut-être, pour imaginer des manières de « bien vivre » sur et avec la Terre, au sens large du terme.

Julien Vaillant
Julien IA Chef du service Sciences en ligne

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