Dans la Nièvre, la réputation culturelle de Nevers côtoie une activité industrielle moins visible mais structurante : la métallurgie de précision et ses débouchés vers l'aéronautique, le nucléaire et l'automobile. À Imphy, les alliages de nickel et de cobalt produits localement alimentent des filières stratégiques, tandis que la présence d'entreprises spécialisées illustre une forme de résistance à la désindustrialisation qui frappe d'autres bassins.
Des sites spécialisés au service de filières exigeantes
À Imphy, un site d'Aperam emploie environ 800 salariés et fabrique des alliages destinés notamment à l'aviation et aux industries à haute valeur ajoutée. À proximité, l'industriel Aubert & Duval travaille des pièces de haute technicité sur un site classé Seveso. Ces activités s'appuient sur des savoir-faire pointus et des process de production exigeants, loin des chaînes de montage de grande série.
« orfèvrerie » industrielle
La description de certaines productions comme de « l'orfèvrerie industrielle » souligne la précision et la technicité des pièces réalisées, destinées à des marchés qui requièrent certification et traçabilité.
Un tissu productif résilient mais fragilisé
Si ce pôle de spécialisation permet au territoire de conserver des emplois et des compétences, la Nièvre a néanmoins subi une érosion de son tissu industriel : près de 1 000 emplois industriels ont été perdus en neuf ans. Cette décroissance reflète des mutations structurelles dans l'industrie française et l'implantation croissante de la sous-traitance à bas coût, mais elle n'efface pas les niches de performance du bassin Nevers-Imphy.
La stratégie observée localement mise davantage sur la spécialisation et la montée en gamme que sur la production de masse. Le cas du site Valeo à Nevers illustre cette approche : plutôt que la production en série, l'usine se concentre sur la réparation de composants électroniques, une activité qui lui a valu un prix aux Trophées des usines 2024, récompensant une adaptation par la diversification.
Formation et transmission : un levier essentiel
Le maintien de ces activités industrielles repose aussi sur des dispositifs de formation implantés localement. L'ISAT, présent dans la région depuis 1991, forme des ingénieurs destinés aux secteurs de l'automobile et du ferroviaire. Cette capacité de formation contribue à ancrer des compétences techniques et à alimenter les entreprises en profils qualifiés, condition nécessaire pour conserver des productions sensibles et certifiées.
Enjeux pour l'emploi et l'attractivité
La persistance d'unités comme Aperam et Aubert & Duval est un atout pour l'emploi industriel local. Toutefois, la structure du marché du travail industriel demeure inégale : les sites spécialisés emploient des profils qualifiés pour des productions à forte valeur ajoutée, tandis que d'autres segments du territoire ont subi des fermetures ou des réductions d'effectifs.
Les perspectives d'attractivité du territoire passent par plusieurs facteurs complémentaires :
- le maintien et le développement de formations techniques et d'ingénieurs ;
- la capacité des entreprises à diversifier leurs activités pour réduire la dépendance à un seul marché ;
- la préservation des chaînes d'approvisionnement et la sécurisation des relations clients-fournisseurs, en particulier pour l'aéronautique et le nucléaire.
Cartographie synthétique des acteurs évoqués
| Entreprise / acteur | Localisation | Secteurs desservis |
|---|---|---|
| Aperam | Imphy | Aéronautique, nucléaire, automobile |
| Aubert & Duval | À proximité d'Imphy | Pièces techniques (site Seveso) |
| Valeo (site) | Nevers | Réparation de composants électroniques |
| ISAT (formation) | Région | Ingénierie automobile et ferroviaire |
La réalité du bassin se traduit donc par une double dynamique : pertes d'emplois sur certains segments industriels et maintien, voire renforcement, d'activités spécialisées et qualifiantes sur d'autres. Pour la Nièvre, l'enjeu est de préserver ces poches de compétence et de favoriser leur développement, afin qu'elles continuent d'alimenter des chaînes industrielles stratégiques au niveau national.
Dans un contexte national de recomposition industrielle, le modèle local montre qu'une spécialisation technique soutenue par la formation et la diversification peut permettre à des territoires ruraux ou périurbains de conserver des activités industrielles durables. Reste à transformer cette résilience en opportunités d'emploi stables pour élargir les bénéfices au reste du département.