Un projet de filière courte né d’un constat de marché
Installé au lieu-dit La Fosse Fée, à Morée (Loir-et-Cher), le céréalier Gaëtan Lucas a fait le pari de transformer lui‑même son orge en malt, ingrédient clé de la fabrication de la bière. Exploitant 120 hectares en cultures non irriguées, il cherchait depuis plusieurs années à donner plus de valeur à sa production face à l’essor des brasseries artisanales et à la rareté de malteries acceptant de travailler de petits volumes.
Un apprentissage et un investissement mesurés
Pour se lancer, M. Lucas a suivi une formation intensive à Nancy afin d’acquérir le savoir‑faire nécessaire au maltage. L’installation requise n’est pas anodine : l’investissement avoisine les 150 000 €. Pour réduire la facture, il a choisi d’utiliser des équipements d’occasion, notamment trois grandes cuves en inox récupérées auprès de domaines viticoles bordelais.
« Le maltage s’est imposé assez naturellement », explique‑t‑il.
Les cuves, intégrées dans une grange existante, ont été adaptées et raccordées à une chaudière à plaquettes. Chaque élément a été pensé en fonction des contraintes du bâtiment, détaille le producteur.
Une capacité adaptée aux brasseurs artisanaux
La malterie de ferme permet aujourd’hui de traiter des lots de 1,5 tonne, bien en deçà des capacités industrielles qui fonctionnent souvent par lots de dix tonnes ou plus. Ce dimensionnement est un choix stratégique : il permet aux brasseurs locaux de conserver leur autonomie et leur identité en faisant malter leur propre orge à petite échelle.
- Capacité de traitement par lot : 1,5 t
- Surface de l'exploitation : 120 ha
- Montant de l'investissement : 150 000 €
Des équipements reconditionnés pour maîtriser les coûts
L’achat d’équipements d’occasion illustre une démarche pragmatique. Les cuves en inox proviennent « d’anciens domaines viticoles bordelais », ce qui a permis de réduire l’effort financier sans renoncer à la robustesse des installations. L’adaptation des matériels au bâti existant — implantation dans une grange, raccordement à une chaudière à plaquettes — témoigne d’une optimisation technique et économique.
Un marché local et une logique de proximité
La multiplication des micro‑brasseries a créé une demande pour des malts adaptés et produits localement. En offrant la possibilité de malter des lots modestes, la malterie de Morée répond à un créneau négligé par l’industrie : permettre aux brasseurs artisanaux de travailler une matière première locale sans devoir s’engager sur des volumes incompatibles avec leur production.
Au‑delà du malt : une boisson sans caféine
La diversification de l’exploitation ne s’arrête pas au malt. Le producteur développe également une boisson sans caféine, inspirée d’une tradition venue d’Italie. Le sujet montre la volonté d’explorer des débouchés nouveaux et complémentaires à la filière céréalière, sans pour autant renoncer à l’identité agricole de l’exploitation.
Impacts locaux et perspectives
Le projet de M. Lucas illustre plusieurs dynamiques territoriales : relocalisation de la transformation, création de valeur ajoutée sur la ferme, soutien aux circuits courts et réponses aux besoins d’un tissu d’artisans locaux. À l’échelle du Vendômois, des initiatives similaires pourraient contribuer à renforcer l’autonomie des brasseries et la résilience de la filière.
Quelques points pratiques pour les brasseurs intéressés
La capacité de lot et la taille des récoltes expliquent que la malterie s’adresse principalement aux brasseries artisanales souhaitant malter des volumes réduits. Le recours à des équipements reconditionnés montre aussi qu’un tel projet peut être lancé sans capacité d’investissement industrielle majeure, à condition de maîtriser les techniques et les contraintes logistiques.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Surface de l'exploitation | 120 ha |
| Capacité par lot | 1,5 tonne |
| Investissement estimé | 150 000 € |
En misant sur des volumes adaptés et une intégration soignée des équipements, l’initiative de Morée propose un modèle reproductible pour d’autres exploitations souhaitant capter une part de la valeur ajoutée de leurs céréales, tout en renforçant les circuits courts au bénéfice des artisans locaux.