La sécheresse exceptionnelle de l'été 2026 a laissé des traces durables dans les prairies du Perche. Pour des éleveurs qui fournissent des fromages sous signes de qualité, la panne d'herbe n'est pas seulement une contrainte de plus : elle remet en cause la capacité à respecter des cahiers des charges stricts et à nourrir des cheptels comptés en centaines d'animaux.
Un hiver-printemps sous tension pour l'alimentation des chèvres
À la ferme Le Petit Perche, située à Romilly-du-Perche, l'inquiétude est palpable. Bruno Pelletier, éleveur et codirigeant, assure 1 500 mères et 500 chevrettes. « De fin janvier à fin mars 2027, on va s'arracher les cheveux », confie-t-il, conscient que les stocks de fourrage déjà entamés risquent de ne pas suffire pour passer la période froide. Malgré 160 hectares de terre destinés à la production de luzerne, trèfle et céréales, la troisième coupe d'herbe — attendue en automne — paraît compromise.
« De fin janvier à mars, on va s’arracher les cheveux. »
Ce constat n'est pas isolé : une vingtaine de producteurs répartis sur les quatre départements du Perche — Eure-et-Loir, Orne, Loir-et-Cher et Sarthe — voient leurs réserves fondre et leurs options se réduire.
Des enjeux spécifiques pour les fromages sous label
Une partie de ces exploitations livre des produits destinés à obtenir une Indication géographique protégée (IGP). Le cahier des charges impose que le fourrage provienne de la zone géographique concernée, une contrainte qui complique encore davantage la gestion des pénuries : acheter du foin hors zone pourrait compromettre l'éligibilité au label.
Les éleveurs envisagent plusieurs pistes, dont des solutions temporairement « hors norme » pour préserver le cheptel : achats de fourrages compatibles, ajustement des rationnements, voire recours à des compléments. Certains mentionnent des hypothèses plus radicales, comme le recours à de la paille pour compléter la ration des chèvres, solution qui reste délicate sur le plan nutritionnel et peut avoir des conséquences sur la qualité du lait.
Impacts pratiques et économiques
- Pénurie de fourrage : les coupes manquantes et la végétation grillée réduisent les stocks pour l'hiver.
- Respect du cahier des charges : obligation d'utiliser du fourrage local pour l'IGP, limitant l'achat hors zone.
- Risque sanitaire et de qualité : modification des rations peut affecter la production laitière et la qualité du lait.
Pour des exploitations déjà contraintes par des marges serrées, ces difficultés se traduisent en coûts supplémentaires et en incertitudes sur l'avenir des productions labellisées.
Des solutions envisagées, mais des limites concrètes
Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre par les éleveurs pour atténuer la crise à court terme : rationnement prudent, valorisation maximale des stocks existants, achats complémentaires quand cela reste possible. Néanmoins, ces leviers butent sur des réalités physiques et réglementaires — notamment l'exigence de provenance du fourrage pour maintenir le lien avec l'IGP.
Les producteurs espèrent aussi des réponses collectives, via des aides publiques ou des dispositifs de solidarité professionnelle, mais la mise en place et l'efficacité de ces mesures dépendront des services de l'État et des collectivités locales.
Une fragilité accentuée par l'irrégularité climatique
Les éleveurs rappellent qu'ils n'ont pas l'habitude de gérer des déficits aussi prolongés. Certains se réfèrent à 2003 comme une précédente période difficile, mais soulignent une différence : en 2004 le redémarrage printanier avait permis de reconstituer des stocks, une perspective qui n'est pas garantie aujourd'hui.
| Paramètre | Chiffre |
|---|---|
| Nombre de mères | 1 500 |
| Nombre de chevrettes | 500 |
| Surface en cultures fourragères | 160 hectares |
| Période critique mentionnée | fin janvier à fin mars 2027 |
À court terme, l'incertitude climatique pèse sur la planification agricole : semis, coupes et rotations sont perturbés, rendant difficile toute stratégie de long terme. Pour les filières de fromages de terroir, la situation interroge la résilience des cahiers des charges face aux chocs climatiques.
Le cas du Perche, indicateur régional
Si la situation décrite par Bruno Pelletier concerne le Perche, elle illustre une problématique plus large : la sécheresse affecte des systèmes d'élevage qui reposent sur une alimentation grass-fed et des circuits courts. Le défi est double — préserver la santé et la productivité des animaux tout en maintenant les critères de qualité et d'origine des produits.
Dans les semaines à venir, la manière dont les exploitations organiseront leurs approvisionnements et dont les autorités locales encadreront d'éventuelles dérogations au cahier des charges sera déterminante pour la pérennité de ces productions.
Pour l'heure, la priorité reste pour nombre d'éleveurs de « tenir » jusqu'au printemps et d'éviter d'épuiser des cheptels déjà fragilisés par des mois de fourrage insuffisant.