Valérie Senghor, 54 ans, dirige depuis novembre 2025 le Centquatre-Paris, établissement culturel de la Ville de Paris implanté dans le 19e arrondissement. Son arrivée à la tête de ce lieu, qu'elle a accompagné lors de son lancement et dont elle connaît l'histoire sur le bout des doigts, cristallise un double héritage familial et professionnel lié aux arts et à la diplomatie culturelle.
Un nom célèbre, une trajectoire discrète
Issue d'une famille dont les ramifications touchent la vie intellectuelle et culturelle du XXe siècle, Valérie Senghor garde une certaine pudeur sur ses origines. Elle précise néanmoins sa parenté avec l'ancien chef d'État sénégalais et poète :
« C'était mon grand oncle paternel. Le frère de mon grand-père paternel. Je l'ai connu à la fin de sa vie. »
Ce lien de filiation s'ajoute à une relation plus proche avec son père, Blaise Senghor, que la directrice évoque comme une figure déterminante : cinéaste, homme de culture et diplomate, il a « beaucoup œuvré à la mise en place de systèmes de production et de diffusion du cinéma au Sénégal » et a été représentant permanent du Sénégal auprès de l'UNESCO, rappelle-t-elle.
Le Centquatre, entre mémoire industrielle et programmation contemporaine
Le bâtiment qui accueille le Centquatre-Paris porte une histoire singulière. Valérie Senghor, qui a participé au lancement puis au développement de l'établissement, rappelle des éléments concrets du monument : le clocher, aujourd'hui inactif, et la vocation première du site. Historiquement, ce lieu abritait le siège des pompes funèbres de la Ville de Paris : on y fabriquait cercueils et ornements funéraires et y était centralisée une logistique urbaine spécifique. Le bâtiment est par ailleurs inscrit aux Monuments historiques.
La nouvelle directrice met ainsi en lumière la double vie du lieu : héritage structurel et potentiel d'innovation artistique. Sa connaissance intime du projet, acquise dès les étapes initiales, l'autorise à piloter aujourd'hui les défis de conservation et d'animation d'un équipement patrimonial transformé en espace culturel contemporain.
Ce que signifie cette nomination
La prise de fonction de Valérie Senghor pose plusieurs enjeux pour la scène culturelle parisienne et, par extension, pour les professionnels européens qui suivent l'évolution des grands lieux culturels :
- la poursuite du développement programmatique du Centquatre après sa phase de lancement ;
- la mise en tension entre conservation patrimoniale et besoins d'innovation artistique ;
- la question des héritages familiaux dans les trajectoires culturelles et des réseaux transnationaux, ici entre la France et le Sénégal.
| Personne | Lien | Fonction / Rôle évoqué |
|---|---|---|
| Léopold Sédar Senghor | Grand oncle paternel | Chef d'État, poète et écrivain |
| Blaise Senghor | Père | Cinéaste, diplomate, représentant permanent du Sénégal auprès de l'UNESCO |
| Valérie Senghor | — | Directrice du Centquatre-Paris depuis novembre 2025 |
Perspectives et questions
La nomination alimente les réflexions sur la manière de concilier mémoire et action culturelle : comment continuer à faire vivre un bâtiment patrimonial tout en répondant aux attentes d'une programmation vivante et diversifiée ? Comment la direction articulera-t-elle ses choix artistiques avec la responsabilité de conserver des éléments historiques particuliers du site ?
Si Valérie Senghor se montre réservée sur certains aspects de son histoire familiale, elle affirme une continuité évidente avec les trajectoires de ses aînés, souhaitant « reprendre et poursuivre cette trajectoire au service de l'art et de la culture ». Son profil — à la fois construit autour d'une connaissance de l'institution et d'un ancrage familial dans le monde culturel — fait d'elle une personnalité à suivre pour la suite du projet du Centquatre.
Article rédigé pour WE NEWS, rubrique Culture — dossier national et international.