Le tribunal correctionnel de Tournai a entendu cette semaine six prévenus, tous d’origine brésilienne, mis en cause dans le cadre d’un réseau de proxénétisme découvert par la police lors d’une perquisition à Mouscron le 8 mai 2025. L’audience a donné lieu à des confrontations et à des reconnaissances partielles : quatre des accusés, détenus provisoirement, admettent des faits de traite d’êtres humains, tandis que plusieurs d’entre eux contestent être les dirigeants du réseau.
Des victimes contraintes par des dettes
Selon les éléments présentés à l’audience par le parquet, deux jeunes femmes brésiliennes étaient exploitées dans un logement mouscronnois. Elles auraient été approchées au Brésil, promises d’importants revenus pour quelques mois de prostitution en Belgique, puis contraintes de rembourser des frais de transport et d’installation par la remise intégrale de leurs gains journaliers. La procureure du roi a expliqué que ces femmes « avaient peur des représailles et n’osaient pas partir ».
« Elles ont remercié les policiers de les avoir sauvées », a rapporté la procureure du roi.
Ce mécanisme — déplacements pris en charge par l’organisation puis remboursement exigé en travaillant dans la prostitution — a été décrit à l’audience comme la clef du système de mise sous dépendance économique des victimes.
Qui étaient les prévenus ?
Six personnes figuraient au banc des accusés. Quatre d’entre elles, structurées en deux couples domiciliés à Termonde, ont été placées en détention préventive en raison de leur rôle présumé plus important au sein du réseau. Les deux autres prévenus, qui semblaient moins liés aux premiers à l’audience, comparaissaient sans avoir été maintenus en détention.
| Prévenu | Statut | Situation judiciaire |
|---|---|---|
| Deux couples (4 personnes) | Détenus préventivement | Reconnus coupables de participation à la traite (reconnaissance partielle) |
| Un locataire officiel (prénom: José) | Non détenu | Domicilié à Charleroi, louait l’appartement |
| Une sous-loueuse (prénom d’emprunt: Maria) | Non détenue | Aidé à l’installation des victimes, comparait |
Le locataire officiel du logement, présenté à l’audience sous le prénom José, est domicilié à Charleroi et n’a pas été placé en détention préventive. Il aurait loué le logement via Airbnb à une Brésilienne présentée sous le prénom d’emprunt Maria, elle aussi poursuivie mais non détenue. Selon l’accusation, cette personne aurait facilité l’installation des deux victimes dans l’appartement, sans pour autant être considérée comme l’un des dirigeants du réseau.
Les charges et le récit des victimes
La qualification centrale entendue à l’audience porte sur la traite d’êtres humains et le proxénétisme. Les quatre détenus admettent avoir participé à la traite, mais rejettent l’idée d’une structure hiérarchique dont l’un d’eux serait le chef. L’organisation, selon les auditions, prenait en charge le voyage depuis le Brésil, mais exigeait ensuite le remboursement systématique des frais par le biais de la prostitution. Les victimes, en situation de précarité au départ, ont cru à une opportunité financière et se sont retrouvées contraintes et surveillées.
- Perquisition déterminante réalisée le 8 mai 2025 à Mouscron.
- Deux victimes brésiliennes libérées et entendues par le parquet.
- Quatre prévenus détenus reconnaissent une participation à la traite mais contestent la direction du réseau.
Le déroulé complet des audiences doit encore permettre au tribunal de déterminer les rôles précis et les éventuelles peines. La procédure suit son cours devant la juridiction correctionnelle de Tournai, où les débats se poursuivront dans les prochaines audiences.
Un dossier qui interroge les réseaux transnationaux
Au-delà du cas individuel, ce procès illustre la circulation de réseaux d’exploitation à l’échelle européenne et la vulnérabilité de personnes recrutées dans leur pays d’origine par des promesses d’emploi. Les autorités locales et fédérales multiplient les opérations contre ce type de trafic ; la coopération entre services (police, parquet, associations d’aide aux victimes) reste déterminante pour la protection des personnes et la traduction en justice des responsables.
Le tribunal de Tournai devra désormais trancher sur la qualification des faits et les responsabilités de chacun, en s’appuyant sur les éléments saisis lors de la perquisition et sur les témoignages des victimes. D’ici là, l’affaire restera suivie de près par les acteurs judiciaires et les services d’aide aux victimes qui se mobilisent dans la région.