« Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été ». Cette phrase d’Albert Camus résonne comme une clé pour comprendre le charme tenace du littoral méditerranéen en pleine saison touristique. Sur l’île de Port-Cros et dans les communes voisines, les embarcations traditionnelles appelées pointus incarnent un rapport au temps, à la mer et à la transmission menacé par l’uniformisation des vacances.
Des pointus pour raconter une manière d’habiter la mer
Dans le récit publié cet été, des dizaines de ces bateaux convergent vers Port-Cros depuis des ports comme Saint-Raphaël, Saint-Tropez, Le Lavandou, La Londe-les-Maures, Hyères, Giens, Carqueiranne, Saint-Mandrier, Bandol ou Sanary-sur-Mer. Le contraste entre l’afflux estival et la quiétude hivernale est frappant : l’île accueille des centaines de touristes en haute saison mais ne compte plus que quelques dizaines d’habitants et les barques de pêche amarrées lorsque l’hiver revient.
Michael Draï, président du Comité des fêtes, porte un regard à la fois nostalgique et protecteur sur ces embarcations. Leur silhouette — coque fine, mât en bois, large voile blanche — et leur mode de manœuvre, debout et à la barre, racontent une navigation lente, conçue pour ressentir les éléments plutôt que pour la vitesse.
« C’est de la poésie brute, un art de vivre, une manière douce d’habiter la mer. Ces bateaux racontent une relation au temps et à la Méditerranée qui est en train de disparaître. »
Lenteur, transmission et folklore : quels enjeux ?
Le discours autour des pointus soulève plusieurs questions : comment préserver des gestes et des savoir-faire transmis « de père en fils » ; comment concilier accueil touristique et maintien d’un mode de vie local ; et enfin, quelle place donner à la lenteur dans un modèle touristique qui valorise souvent la performance et la consommation rapide ?
Sur le terrain, la réponse se retrouve dans des initiatives ponctuelles : sorties en mer, festivités locales, rencontres autour des barques. Ces activités permettent de faire connaître ces embarcations au grand public et d’alimenter une économie locale centrée sur l’identité maritime. Mais l’article souligne aussi la fragilité de cette transmission face aux mutations du littoral et aux pressions touristiques.
- Patrimoine matériel : les pointus, leur construction en bois et leur voile traditionnelle.
- Patrimoine immatériel : les techniques de navigation, la transmission familiale et le rapport au temps.
- Pression touristique : afflux saisonnier contrastant avec la vie hivernale de l’île.
| Origines des pointus (exemples) | Rôle aujourd’hui |
|---|---|
| Saint-Raphaël, Saint-Tropez, Le Lavandou | Navigation estivale, attrait patrimonial |
| Hyères, Giens, Bandol, Sanary-sur-Mer | Fêtes locales, sorties en mer |
Le propos s’inscrit dans une série estivale intitulée « Rien de nouveau sous le soleil : quand les philosophes éclairent la France » (troisième épisode), qui interroge la notion de mesure à travers la pensée et la pratique quotidienne sur le littoral.
Des idées pour le visiteur belge
Pour celles et ceux qui planifient un séjour sur la côte méditerranéenne et cherchent autre chose que les plages bondées, l’article invite à privilégier :
- les excursions en bateau traditionnel pour comprendre la navigation lente et la relation aux éléments ;
- les festivités locales animées par des comités de fête, où se rencontrent habitants et passionnés ;
- les balades hors saison pour saisir la réalité d’une île qui respire autrement quand les touristes sont partis.
En filigrane, ce portrait de la Méditerranée rappelle que préserver un « art de vivre » demande des pratiques quotidiennes et des choix collectifs. Entre nostalgie et transmission, les pointus demeurent des témoins visibles d’une autre manière d’habiter le littoral — lentement, au rythme du vent et des courants.