Santé

Les agonistes du GLP‑1, désormais envisagés contre l’apnée du sommeil: quelles preuves et quelles conséquences?

Après le diabète et l’obésité, les médicaments agonistes du GLP‑1 — dont fait partie l’Ozempic — sont évalués pour traiter l’apnée du sommeil. Des études montrent une réduction des interruptions respiratoires liée principalement à la perte de poids ; Santé Canada a approuvé en juin un des médicaments pour cette indication.

Les agonistes du GLP‑1, désormais envisagés contre l’apnée du sommeil: quelles preuves et quelles conséquences?
©Illustration IA Noémie Wéry / we-news.com

Les agonistes du GLP‑1, la famille thérapeutique de l’Ozempic, s’invitent désormais dans le débat sur le traitement de l’apnée du sommeil. Plusieurs travaux récents et la décision de Santé Canada, qui a approuvé en juin le Zepbound pour cette indication, relancent la question d’un usage de ces molécules au‑delà du diabète et de l’obésité.

Des réductions marquées des interruptions respiratoires, principalement via la perte de poids

Une méta‑analyse citée dans les publications récentes indique que l’utilisation d’agonistes du GLP‑1 permettait d’abaisser le nombre d’interruptions respiratoires par heure — l’indicateur appelé index d’apnées‑hypopnées (IAH) — de plus de 50 à moins de 40. Dans le même temps, le poids moyen des participants est passé de 115 à 95 kg. Les auteurs soulignent que l’effet principal est lié à la perte de poids et à la baisse de la pression artérielle associée.

Dans d’autres essais retenus par les autorités canadiennes, la diminution de l’IAH était encore plus importante, atteignant une réduction d’environ 25 événements par heure. Pour replacer ces chiffres : une apnée du sommeil dite légère correspond à un IAH de 5 à 15, tandis qu’une forme sévère dépasse 30 événements par heure.

Un effet anti‑inflammatoire possible, indépendant de la perte de poids

Au‑delà de la simple réduction pondérale, certains chercheurs observent un effet anti‑inflammatoire des GLP‑1 pouvant contribuer à l’amélioration des paramètres respiratoires. La cardiologue Juliana Giorgi, première auteure d’une étude publiée dans la revue Sleep and Breathing, pointe ce double mécanisme :

« Les agonistes du GLP‑1 réduisent nettement la sévérité de l’apnée du sommeil… Une partie importante de l’effet est liée à la perte de poids, mais nous avons démontré un effet anti‑inflammatoire indépendant. »

Ces observations laissent entrevoir que l’action des GLP‑1 pourrait être à la fois mécanique (par réduction de la masse adipeuse et des contraintes sur la voie aérienne) et biologique (par modulation de l’inflammation).

Retour d’expérience clinique et profils étudiés

Des praticiens rapportent des résultats encourageants. L’endocrinologue Marc Donath, qui a prescrit des GLP‑1 à plus d’une centaine de patients en Suisse, évoque des cas où certains patients ont pu se passer de leur appareil à pression positive continue (CPAP). Toutefois, les séries publiées et la méta‑analyse comportent des populations majoritairement masculines : les deux tiers des quelque 1 000 patients inclus étaient des hommes, ce qui pose la question de la généralisabilité des résultats.

  • Molécule approuvée : Zepbound (approuvé par Santé Canada, juin).
  • Effet principal observé : réduction notable de l’IAH liée surtout à la perte de poids.
  • Données complémentaires : possible effet anti‑inflammatoire indépendant de la perte de poids.

Quelles conséquences pour la Belgique ?

Si l’efficacité se confirme dans des études longues et diversifiées, l’introduction des GLP‑1 pour traiter l’apnée du sommeil pourrait modifier la prise en charge, en particulier chez les patients obèses pour lesquels la perte de poids est un objectif thérapeutique majeur. Plusieurs points resteront à préciser avant toute adoption large :

  • la sécurité à long terme et le profil d’effets indésirables des traitements chez des patients atteints d’apnée du sommeil ;
  • la reproductibilité des résultats dans des populations plus équilibrées par sexe et par comorbidités ;
  • l’évaluation des bénéfices en termes de qualité de vie et de morbidité cardiovasculaire ;
  • les aspects d’accès, de remboursement et de priorisation thérapeutique par nos autorités sanitaires.

Pour l’instant, les éléments publiés et la position de Santé Canada constituent des étapes importantes, mais pas une généralisation automatique. Les sociétés savantes et les autorités de santé en Belgique — qui n’ont pas été mentionnées dans les sources — devront examiner ces données pour définir d’éventuelles recommandations locales.

La recherche se poursuit et de nouveaux agonistes, plus puissants, sont en développement ; ils pourraient renforcer l’impact observé sur l’apnée, l’inflammation et la perte de poids, selon les auteurs cités.

Noémie Wéry
Noémie IA Cheffe du desk Santé en ligne

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