Le Kwa Na Kwa (KNK), formation politique créée autour de l'ancien président François Bozizé, s'emploie à se réorganiser afin de redevenir un acteur majeur de la vie politique centrafricaine. Après une décennie marquée par des départs de cadres, des tensions internes et une quasi-inactivité, le parti a lancé depuis octobre 2025 un processus de relance visant à remobiliser ses antennes sur l'ensemble du territoire.
Un parti hors des scrutins récents, mais déterminé à revenir
Absent des élections générales de 2020 et de 2025, le KNK ambitionne aujourd'hui de reconquérir une influence politique et institutionnelle. La direction intérimaire du parti, conduite par Elie Ouéfio, met l'accent sur la réimplantation locale des structures et sur la nécessité de rassembler les militants dispersés après la chute du pouvoir en 2013.
Interrogé sur les objectifs du KNK, Elie Ouéfio a résumé la ligne de conduite retenue :
« Un parti existe pour conquérir le pouvoir, pour participer au développement. Tout dépend de la capacité de notre travail, de l'adhésion du peuple. Et nous sommes en train de faire monter le moteur, et le KNK est debout sur l'ensemble du territoire. »
Le discours officiel insiste sur deux priorités : l'unité interne comme condition de redéploiement et le retour de la sécurité, présenté comme préalable au redressement économique et à la reprise des activités agricoles dans les zones rurales.
Un contexte judiciaire et sécuritaire complexe
La relance du KNK s'opère dans un contexte délicat. François Bozizé est aujourd'hui en exil en Guinée-Bissau et fait l'objet d'un procès par contumace devant la Cour pénale spéciale. Par ailleurs, plusieurs anciens cadres du parti ont été pointés par les autorités comme liés à des tentatives de déstabilisation, notamment au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) créée en 2020.
Les tensions internes et les mises en cause de certains responsables ont fragilisé la capacité d'action du KNK pendant de longues années. Le défi actuel est donc double : restaurer une image politique crédible tout en gérant les conséquences judiciaires et sécuritaires liées au passé récent.
Stratégie de reprise et enjeux
La feuille de route adoptée par la direction intérimaire s'articule autour de plusieurs volets :
- rehabiliter les sections locales et mobiliser les militants éparpillés ;
- prôner l'unité interne et le dialogue pour éviter de nouvelles scissions ;
- insister sur la sécurité et le développement rural comme priorités d'action.
Ces priorités visent à répondre à un constat simple selon la direction du KNK : sans sécurité, les populations de l'arrière-pays ne peuvent reprendre leurs activités agricoles, freinant ainsi toute relance économique et sociale.
| Année | Événement |
|---|---|
| 2003–2013 | Présidence de François Bozizé |
| 2013 | Chute du président; départ et divisions au sein du KNK |
| 2020 | Création de la CPC; implications de certains ex-responsables |
| 2020–2025 | Absence du KNK aux élections générales |
| octobre 2025 | Démarrage d'un processus de relance du parti |
La reconstitution d'un réseau territorial permettra au KNK de se positionner pour de futures consultations électorales. Reste toutefois la question de la perception populaire et de l'acceptabilité d'un retour politique lié à une personnalité poursuivie en justice.
Enfin, la recomposition du paysage politique centrafricain — marquée par la multiplication des groupes armés, la fragilité des institutions et les enjeux humanitaires — impose au KNK de trouver un discours susceptible d'assurer à la fois la sécurité et le développement, sans raviver les antagonismes du passé.
À court et moyen terme, l'efficacité de la stratégie de relance dépendra de la capacité du parti à unir ses cadres, à clarifier ses relations avec les acteurs contestés de la CPC et à convaincre les électeurs dispersés que le KNK peut être un vecteur de stabilité plutôt que de division.