Pour répondre à une pression démographique et à un déséquilibre marqué entre offre et demande en enseignement supérieur, l’Institut supérieur de technologies et d’études avancées d’Haïti (ISTEAH) a été créé en 2013 par des universitaires haïtiens et des membres de la diaspora. L’initiative, présentée dans une publication de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et documentée par une étude du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), vise à rapprocher la formation supérieure des populations vivant en région.
Un déficit structurel dans l’accès et dans les formations avancées
Le CRDI souligne trois réalités centrales qui ont conduit à la création de l’ISTEAH :
- les difficultés d’accès aux établissements d’enseignement supérieur pour les jeunes vivant en dehors de Port‑au‑Prince ;
- le manque de formations de cycles supérieurs (maîtrise, doctorat), particulièrement dans les sciences et le génie ;
- la dispersion des compétences au sein du pays, qui fragilise l’offre locale d’enseignement.
Les données reprises par le CRDI illustrent l’écart entre l’aspiration à étudier et la capacité d’accueil : la moyenne annuelle de diplômés du secondaire désirant poursuivre des études est passée de 5 315 (période 1987‑1990) à 43 213 (2011‑2017). À cette époque, le système universitaire haïtien ne pouvait accueillir qu’environ 1,26 % de ces diplômés.
« En Haïti, il y a tellement de jeunes qui veulent une formation. Ils veulent apprendre, mais il n’y a pas de professeurs pour leur enseigner »
Un modèle centré sur l’enseignement à distance et l’implantation régionale
Pour limiter le départ vers la capitale ou l’expatriation, l’ISTEAH a opté pour un modèle principalement fondé sur la formation à distance, avec des cours accessibles en mode asynchrone. L’institut a implanté des sites physiques dans plusieurs villes afin de combiner ancrage local et accès aux ressources numériques.
| Sites de l’ISTEAH |
|---|
| Les Cayes |
| Hinche |
| Jacmel |
| Milot |
| Ouanaminthe |
| Port‑au‑Prince |
| Saint‑Marc |
Ce déploiement vise à rapprocher l’offre pédagogique des territoires et à réduire les barrières liées aux déplacements et au coût d’installation. Le choix de l’asynchrone permet, en outre, d’adapter les rythmes d’apprentissage aux contraintes locales des personnes étudiantes.
Enjeux et limites : la formation d’enseignants et les cycles supérieurs
Le CRDI note que la majorité des universités haïtiennes se concentrent sur des formations de premier cycle, tandis que les programmes de maîtrise et de doctorat restent peu nombreux. Cette faiblesse structurelle alimente la pénurie d’enseignants qualifiés sur le long terme : sans formations avancées locales, il est difficile d’accroître la capacité d’encadrement des nouveaux étudiants.
La stratégie de l’ISTEAH — formation à distance, ancrage régional, mobilisation de la diaspora — constitue une réponse pragmatique à court et moyen terme. Elle illustre également les défis communs aux systèmes éducatifs francophones confrontés à une demande croissante : produire des offres de qualité, développer les filières de deuxième et troisième cycles et former les formateurs.
La présentation par l’AUF de cette expérience haïtienne permet de tirer des enseignements transférables à d’autres contextes régionaux, en particulier en matière de recours aux technologies pour élargir l’accès et en matière de coopération entre institutions nationales et diaspora académique.