Daniel Cohn‑Bendit a apporté, lundi 10 août, son soutien public à Raphaël Glucksmann en vue de l’élection présidentielle française d’avril‑mai 2027, estimant que le député européen incarne « un positionnement nouveau » susceptible de réunir la gauche réformiste autour d’un projet social‑écologique.
Un soutien de poids pour un candidat encore non déclaré
L’ancien député européen écologiste, voix historique de la gauche en France, a formulé son appui dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point. Il s’agit d’un ralliement notable: Cohn‑Bendit occupe une place symbolique dans les familles politiques écologistes et réformistes, et son avis intervient alors que Raphaël Glucksmann n’a pas officiellement annoncé sa candidature.
Selon le texte publié, Cohn‑Bendit considère Glucksmann comme « le seul à adopter un positionnement nouveau qui ouvre une perspective d'avenir pour une gauche sociale‑écologique ou écologico‑sociale ». Il ajoute qu’il faut « le soutenir, non le contrecarrer ».
« Dans le camp de la gauche réformiste, il est le seul à adopter un positionnement nouveau qui ouvre une perspective d'avenir pour une gauche sociale‑écologique ou écologico‑sociale. Il faut le soutenir, non le contrecarrer. » — Daniel Cohn‑Bendit, entretien à Le Point
Vers une primaire et des choix stratégiques
Raphaël Glucksmann doit confirmer d'ici à la fin de l'été s'il porte sa candidature et s'il participera à la primaire de l'espace social‑démocrate, dont l'organisation a été décidée par le Parti socialiste. Le soutien de Cohn‑Bendit intervient donc à un moment où les contours de la recomposition de la gauche non‑insoumise restent en débat.
Interrogé sur ce qui fonde son choix, Cohn‑Bendit insiste sur l'idée de projet plutôt que sur le charisme personnel. Pour lui, il s'agit « de construire un projet d'avenir pour se positionner de 2027 jusqu'à 2032 », en évitant de s'attacher aux personnalités qu'il qualifie d’« has been ».
Critiques envers Jean‑Luc Mélenchon et remise en cause des références traditionnelles
Dans le même entretien, Cohn‑Bendit se montre très critique à l'égard de Jean‑Luc Mélenchon, qu'il accuse de ne plus être de gauche au sens universaliste et d'avoir adopté, selon lui, un « positionnement antisémite ». Il reproche également au leader des Insoumis des positions en politique étrangère qu'il interprète comme un soutien aux présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping.
En creux, ce soutien vise aussi à marquer une séparation nette entre une gauche réformiste cherchant à se renouveler et des options jugées radicales ou souverainistes par certains acteurs du centre‑gauche.
Ce que cela change (ou non) pour la campagne
- Pour Glucksmann : le ralliement d'une figure historique de l'écologie renforce sa visibilité et crédibilise son positionnement social‑écologique auprès d'électeurs centristes et écologistes réformistes.
- Pour la primaire social‑démocrate : cet appui peut peser dans la course interne si Glucksmann choisit d’y participer, mais il n'impose pas sa candidature.
- Pour la gauche française : le geste illustre la compétition d'alliances et de représentations entre courant réformiste, écologiste et courant insoumis, avec des enjeux de dédiabolisation ou d'isolement des différentes familles.
| Candidat ou figure évoquée | Commentaire de Daniel Cohn‑Bendit (source) |
|---|---|
| Raphaël Glucksmann | Seul à proposer un « positionnement nouveau » pour une gauche sociale‑écologique |
| Jean‑Luc Mélenchon | Accusé de ne plus être de gauche; dénoncé pour un « positionnement antisémite » et des orientations pro‑Poutine/Pékin |
| François Hollande, Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve | Présentés comme des figures dépassées (« has been ») par Cohn‑Bendit |
En l'état, le soutien de Cohn‑Bendit n'aboutit pas à une bascule immédiate des forces sur la scène présidentielle, mais il contribue à structurer le débat sur l'identité de la gauche réformiste et sur le calendrier des candidatures. Le test majeur restera la décision attendue de Glucksmann d'ici la fin de l'été et, au-delà, la manière dont les partis et électeurs social‑démocrates réagiront à son éventuelle participation à la primaire.
Pour le citoyen observateur du jeu politique français, ce ralliement illustre surtout la bataille d'interprétation en cours : faut‑il privilégier des figures historiques ou miser sur des recompositions autour d'un projet social‑écologique susceptible de durer au‑delà d'un seul mandat ?