Entre le 17 juin et le 2 juillet 2026, l'épisode caniculaire a provoqué au moins 5 764 décès en excès, soit une hausse de +36 % par rapport à la période attendue, selon les chiffres cités par Santé publique France. Sur les 21 674 décès enregistrés pendant ces deux semaines, les personnes de 75 ans et plus concentrent près des deux tiers des excès de mortalité (3 719 décès).
Où sont survenus les décès ?
La répartition des lieux de décès illustre l'ampleur du phénomène et les fragilités de la prise en charge :
- 46 % des décès ont eu lieu à l'hôpital;
- 34 % à domicile;
- 16 % en établissement d'hébergement pour personnes âgées (Ehpad).
Et c'est à domicile que la hausse a été la plus brutale, avec une progression de +91 % sur la seule semaine du 22 au 28 juin.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Décès en excès (17/06–02/07/2026) | 5 764 (+36 %) |
| Total de décès enregistrés | 21 674 |
| 75 ans et plus (excès) | 3 719 |
| Répartition hôpital / domicile / Ehpad | 46 % / 34 % / 16 % |
La climatisation : un facteur de survie documenté
La littérature scientifique rappelle depuis des années le rôle protecteur de la climatisation dans les épisodes de chaleur extrême. Une méta-analyse publiée en 2007 par Abderrezak Bouchama et son équipe identifiait déjà l'accès à la climatisation à domicile comme un facteur clé de survie en canicule. Plus récemment, une étude parue en décembre dernier dans le JAMA Internal Medicine, portant sur 73 578 décès de résidents ontariens entre 2010 et 2023, montre que la surmortalité des jours de chaleur extrême était significative dans les établissements sans climatisation, alors qu'elle n'était pas observable dans ceux équipés.
Confrontée à ces constats, l'Ontario a rendu la climatisation obligatoire dans chaque chambre de maison de retraite et vu la proportion d'établissements équipés passer de 45 % à 99 %.
« pompe à chaleur »
Sur le plan technique, la distinction entre appareils reste ténue : un split réversible ou une pompe à chaleur air-air sont, pour l'essentiel, la même machine — une unité extérieure et une vanne quatre voies qui permet d'inverser le cycle pour chauffer l'hiver et rafraîchir l'été. Pourtant, les politiques publiques et les aides ont longtemps favorisé leur usage hivernal plutôt que leur usage estival, contribuant à des effets contrastés en période de chaleur.
Une aide publique qui peut creuser les inégalités
En France, des dispositifs comme MaPrimeRénov' ont aidé à l'installation de pompes à chaleur, mais les modalités diffèrent selon l'usage et le type d'équipement : jusqu'à 5 000 euros pour une pompe à chaleur air-eau posée seule, par exemple. Ces choix de priorisation des aides — orientées vers l'efficacité énergétique hivernale — peuvent produire des effets inattendus en été, en renforçant les écarts d'accès à un refroidissement efficace entre ménages et entre établissements.
La question est politique et s'inscrit dans le cœur des responsabilités publiques : comment concilier transition énergétique, gestion des pointes électriques et protection des publics vulnérables lors d'épisodes climatiques extrêmes ? Les exemples étrangers, comme l'Ontario, montrent qu'une obligation ciblée d'équipement peut rapidement modifier la protection collective. En Belgique, ces décisions croisent compétences régionales, gestion des communes et financement fédéral : autant d'acteurs qui devront préciser leurs priorités si l'on veut réduire la mortalité liée aux vagues de chaleur.
Pour l'heure, les données sanitaires de l'été 2026 confirment une évidence médico‑publique : protéger la chambre, le domicile, doit être au centre des politiques de prévention de la canicule. Le débat technique — isolation, pompes à chaleur, climatisation, gestion des réseaux électriques — ne saurait masquer l'enjeu humain fondamental mis en lumière par ces chiffres.