La technologie au service du geste. En Tunisie, la jeune entreprise Zaynart a choisi de recomposer le rapport des enfants aux écrans en associant des figurines en plâtre à une expérience de réalité augmentée. L'objectif revendiqué : ramener le plaisir du faire et du toucher dans l'apprentissage, et non enfermer l'enfant derrière un écran passif.
Un pari « phygital » centré sur l'enfant
Le concept repose sur une logique simple et volontairement double : d'un côté, l'activité manuelle traditionnelle — colorier et peindre des figurines — ; de l'autre, une couche numérique qui récompense et prolonge l'effort créatif par une mise en mouvement et une contextualisation pédagogique via la réalité augmentée. Selon la fondatrice, cette combinaison transforme le rapport à l'apprentissage en incitant l'enfant à explorer, toucher et inventer plutôt qu'à subir des contenus linéaires.
« On transforme l'enfant de simple spectateur en acteur »
Cette formule résume l'ambition pédagogique : faire passer l'élève d'une position passive à une posture active où le geste manuel devient porte d'entrée d'une expérience éducative enrichie.
Un démarrage en « bootstrapping » et un focus sur la qualité
Le lancement de Zaynart s'est fait sans levée de fonds externe. La société a préféré financer ses premières étapes avec ses propres moyens, une stratégie qualifiée de « bootstrapping ». Cet apport initial a permis de mener la recherche et le développement nécessaires :
- sélection d'un plâtre de qualité adapté au travail manuel des enfants ;
- modélisation 3D des figurines pour intégrer la couche numérique ;
- développement des applications de réalité augmentée qui interagissent avec l'objet peint.
Après validation d'un produit minimum viable sur le marché local, le projet a gagné en crédibilité et a pu rejoindre des dispositifs d'incubation et d'accompagnement technologique.
Adoption par les familles et entrée dans les écoles
Les retours initiaux indiquent un accueil positif chez les familles et un intérêt croissant de la part d'établissements scolaires. L'argument avancé est double : d'une part, l'offre renouvelle le plaisir de créer ; d'autre part, elle propose une modalité d'apprentissage qui s'appuie sur le concret et le sensoriel, complétant des approches parfois trop théoriques ou linéaires.
Sans chiffrer précisément l'adoption ou le volume commercialisé, la fondatrice souligne que l'intégration réussie dans des programmes éducatifs et l'enthousiasme des parents ont conforté la viabilité du modèle.
Enjeux et perspectives
Zaynart s'inscrit dans un débat plus large sur l'utilisation raisonnée des technologies éducatives : comment conserver la dimension humaine et artisanale tout en tirant parti d'outils numériques ? Plusieurs points de vigilance émergent :
- préserver la qualité des matériaux et des interactions physiques pour maintenir l'intérêt sensoriel ;
- assurer que la couche numérique complète véritablement l'expérience sans la substituer ;
- garantir un accompagnement pédagogique pour que l'outil soit intégré de façon pertinente dans les cursus scolaires.
La trajectoire de Zaynart illustre une stratégie fréquente des jeunes entreprises EdTech : valider localement un prototype, consolider la preuve de concept auprès des utilisateurs, puis s'appuyer sur des programmes d'incubation pour structurer un développement à plus grande échelle.
À l'heure où de nombreuses solutions éducatives misent sur la dématérialisation complète, le parti pris « phygital » de Zaynart pose une question essentielle pour les acteurs français et européens : comment concilier attentivement présence matérielle et puissance des technologies immersives pour favoriser l'engagement réel des enfants ?
Sans préconiser une recette unique, l'expérience tunisienne rappelle que la technologie peut être un amplificateur du geste et de la créativité, à condition qu'elle reste un outil second et non une fin en soi.