La Ville de Paris a inauguré lundi la nouvelle « école du périscolaire », un dispositif de formation visant à professionnaliser la filière des animateurs des écoles primaires et des structures petite enfance, frappée ces derniers mois par un scandale de violences sexuelles et d'atteintes aux enfants. L'annonce intervient quelques mois après le plan municipal de lutte contre ces violences et alors que plusieurs dizaines d'agents ont été suspendus.
Une formation obligatoire de 100 heures ciblée sur 3 000 agents
Le programme présenté par la municipalité prévoit une formation initiale et continue de 100 heures, rendue obligatoire pour les 3 000 animateurs titulaires et contractuels de la filière. Situé dans le XIIIe arrondissement, le centre de formation est dirigé par Isabelle Cordier, qui a indiqué que l'objectif était de former 500 animateurs par an aux 100 heures.
Parallèlement, la Ville souhaite « développer considérablement » les préparations au BAFA (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur), formation non obligatoire aujourd'hui, mais considérée comme un complément utile à la professionnalisation.
Un renforcement déjà engagé, mais des syndicats mitigés
Depuis février, la municipalité a déjà rendu obligatoire une session de 48 heures destinée aux 14 000 animateurs — vacataires compris — portant sur la prévention des violences sexuelles et les violences éducatives ordinaires. Le maire socialiste a présenté ces cursus comme des outils permettant d'évaluer une éventuelle inaptitude des agents.
« Je différencie la question des violences faites aux enfants et celle du risque de pédocriminalité. Ça n'est pas vrai que c'est une affaire de statut ou de formation. Mais il peut y avoir une inaptitude et cette formation de 48 heures nous permet de faire une première évaluation », a déclaré le maire.
Malgré ces annonces, des réactions syndicales font valoir les limites des nouvelles mesures. Eric Leclerc, du syndicat Supap-FSU, a reconnu que « cette école est une démarche positive, mais ça reste des formations non diplômantes », exprimant un regret sur le caractère non certifiant des parcours. Alexandre Herzog, pour la CGT, a jugé que « en termes qualitatifs, on ne voit pas bien ce que ça change », soulignant le besoin d'améliorations structurelles au-delà des heures de formation.
Contexte : suspensions, enquêtes et moyens financiers
La décision municipale s'inscrit dans un contexte tendu : depuis le début de 2026, la Ville a procédé à la suspension de 132 animateurs, dont 52 pour des suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Par ailleurs, le parquet a indiqué que plus de 200 enquêtes pénales étaient en cours concernant des faits relevés dans les écoles primaires et les crèches de la capitale.
Le nouveau maire avait annoncé en avril un plan à 20 millions d'euros contre les violences sexuelles dans le périscolaire, présenté comme la « priorité numéro un » de son début de mandat. Il affirme aujourd'hui avoir déjà « dépassé les 20 millions d'euros engagés », qualifiant ces montants de premières mesures d'urgence et assurant que la Ville mettra « tous les moyens nécessaires » pour professionnaliser un secteur marqué par la précarité et le sous-effectif.
- Formation obligatoire : 100 heures pour 3 000 animateurs titulaires et contractuels.
- Objectif opérationnel : former 500 animateurs par an dans le nouveau centre du XIIIe.
- Mesures déjà en place : 48 heures de formation depuis février pour 14 000 animateurs (vacataires inclus).
| Indicateur | Chiffres |
|---|---|
| Animateurs ciblés par la formation 100 h | 3 000 |
| Capacité annuelle visée | 500 formés/an |
| Animateurs ayant suivi 48 h (depuis février) | 14 000 |
| Animateurs suspendus depuis début 2026 | 132 (dont 52 pour suspicions sexuelles/sexistes) |
| Enquêtes pénales en cours | Plus de 200 |
| Plan municipal annoncé | 20 M€ |
Pour les familles parisiennes, ces mesures interrogent autant qu'elles rassurent : la multiplication des formations et le renforcement des moyens administratifs répondent à l'urgence signalée par les suspensions et les enquêtes, mais les syndicats appellent à des réponses structurelles — titularisation, revalorisation des postes, et certifications reconnues — qui ne sauraient se réduire à des heures de stage. La Ville mise pour l'heure sur la combinaison formation, contrôle et ressources budgétaires pour restaurer la confiance dans le périscolaire.
La mise en œuvre concrète de l'école du périscolaire, son calendrier effectif et son articulation avec les dispositifs existants (BAFA, 48 heures obligatoires) demeurent des éléments à suivre pour mesurer l'impact réel de cette nouvelle étape sur la protection des enfants et les conditions de travail des animateurs à Paris.