Une crise visible dans les rues du centre‑ville
Depuis plusieurs mois, la consommation de crack est en forte progression à Marseille, particulièrement ces six derniers mois, selon les acteurs de terrain. Dans les rues du centre‑ville, scènes de consommation en plein air, opérations de dispersion policière et riverains exaspérés dressent un tableau d'une ville sous tension.
Sur le terrain, les équipes d'associations spécialisées notent un changement de profil des personnes concernées : féminisation et rajeunissement des publics, basculement de consommateurs d'autres drogues vers le crack, et apparition de personnes brutalement précarisées.
Tempo : une coordination associative pour répondre vite
Pour répondre à l'aggravation de la situation, plusieurs structures locales — dont l'association Nouvelle Aube, Médecins du Monde et l'AP‑HM — ont décidé d'unir leurs moyens au sein du collectif nommé Tempo. Le but : démontrer qu'une simple approche policière n'est pas suffisante et expérimenter des réponses sociales et sanitaires immédiates.
- Instaurer des maraudes communes entre associations,
- Repérer les personnes en errance et les situations les plus urgentes,
- Offrir des conseils de réduction des risques et du matériel stérile (seringues, pipes neuves).
Le directeur et cofondateur de Nouvelle Aube, très impliqué dans ces actions de réduction des risques, s'emploie à créer du lien avec les usagers lors de ces maraudes. Les équipes délivrent des messages simples et pratiques : « Prenez soin de vous. » Entre distribution de matériel stérile et accompagnement, l'approche vise autant la santé publique que la stabilisation sociale.
« On a fait le choix éthique de l'action en voulant démontrer qu'une approche policière n'était pas suffisante. »
Des chiffres pour mesurer l'ampleur de la crise
Tempo a mis en place une évaluation de terrain pour mieux cerner l'ampleur du phénomène. Les premières observations donnent des ordres de grandeur clairement préoccupants :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Maraudes hebdomadaires | 5 |
| Rencontres réalisées | plus de 1 000 |
| Consommateurs très précaires estimés (centre‑ville) | 200 |
| Consommateurs au sens large (dont logements insalubres) | 500 |
Ces chiffres, issus du recensement du collectif, montrent une réalité double : une concentration de la consommation dans une poignée de rues du centre‑ville et une part importante d'usagers « invisibles », qui se dissimulent dans des logements précaires ou provisoires.
Conséquences et limites de l'action associative
Sur le terrain, l'augmentation des maraudes (cinq par semaine) a permis de multiplier les rencontres et de mieux orienter les personnes vers des soins ou des hébergements lorsque cela est possible. Néanmoins, les associations alertent sur la limite de leur capacité d'intervention : elles n'ont pas vocation à remplacer des politiques publiques à plus large échelle, notamment en matière de prise en charge sanitaire, d'accès au logement digne et de moyens pour la réduction des risques.
Le collectif Tempo insiste sur la nécessité d'une approche globale, mêlant prévention, soins, accompagnement social et régulation sécuritaire ciblée, afin de répondre efficacement à une crise qui touche aussi bien la santé publique que le cadre de vie des Marseillais et Marseillaises.
À court terme, la multiplication des maraudes et la coordination renforcée entre associations et structures médicales offrent une réponse concrète aux personnes les plus fragiles. À moyen terme, les acteurs locaux appellent les autorités et les financeurs à engager des solutions structurelles pour enrayer une dérive qui s'accélère au cœur de la cité phocéenne.