Une situation qui se dégrade deux ans après l'abandon du projet de « halte soins addictions »
Le centre-ville de Marseille, et en particulier le secteur entourant la gare Saint-Charles, voit depuis plusieurs mois une progression notable de la consommation de crack et de la mise en vente de petites doses de cocaïne, vendues à l'unité. Cette montée en puissance intervient deux ans après l'abandon d'un projet de Halte soins addictions, souvent qualifié de « salle de shoot » par ses opposants. Les associations locales et la municipalité demandent aujourd'hui à l'État de mettre en place un plan d'action pour « sortir les toxicomanes de la rue » et répondre à la précarité qui accompagne ce phénomène.
Sur le terrain, des groupes de bénévoles et salariés d'associations multiplient les maraudes pour tenter de limiter les risques sanitaires : distribution de seringues, remise de matériels spécifiques pour la consommation de crack (pipes, petits tubes), et interventions de première urgence. Malgré ces actions, les témoignages recueillis montrent l'étendue du problème.
« Beaucoup ont le sida »,
ces mots, prononcés par un usager rencontré lors d'une maraude, résument l'urgence sanitaire perçue par les acteurs de terrain. L'un des intervenants, cofondateur de l'association Nouvelle Aube, décrit une situation où la cocaïne très accessible, de bonne qualité et peu chère favorise la transformation et la consommation sur place : « Aujourd'hui, on trouve des points de deal, directement en centre-ville, de la cocaïne de très bonne qualité, pas chère, achetable à la dose », dit-il, ajoutant que cela « crée un climat explosif sur les consommations ».
Des impacts sociaux et sanitaires visibles
Les conséquences sont multiples : regroupements dans la rue, consommation à même le trottoir, présence de matériels usagés, accroissement de la précarité — avec des cas de prostitution, y compris de mineures, mentionnés par des acteurs de terrain — et un risque élevé de propagation de maladies infectieuses. Des usagers sans ressources, parfois migrants, apparaissent dans les récits comme des personnes en grande détresse : « On veut tous se soigner, mais personne ne nous aide », confie l'un d'eux.
- Points de deal en centre-ville rapportés par les associations.
- Distribution de matériel (seringues, pipes à crack) lors de maraudes pour réduire les risques.
- Appel à l'État porté par la municipalité et les associations pour un plan d'action public.
Demande d'un plan d'action gouvernemental
La mairie de Marseille a officiellement saisi le gouvernement, le maire ayant écrit au Premier ministre fin mai pour demander des mesures coordonnées. Du côté associatif, la demande est similaire : mettre en place des dispositifs qui sortent les consommateur·rice·s de la rue, offrent des soins et limitent la circulation des produits et du matériel contaminé.
| Acteurs | Revendications |
|---|---|
| Municipalité | Plan d'action national/local, coordination avec l'État |
| Associations (ex. Nouvelle Aube) | Structures de prise en charge, réduction des risques, maraudes renforcées |
| Usagers | Accès aux soins, sorties de la rue, assistance sociale |
Sur le terrain, les acteurs de la réduction des risques soulignent cependant leurs limites : petites structures, moyens financiers contraints, et dépendance à des subventions souvent insuffisantes pour répondre à l'ampleur du phénomène. Plusieurs responsables associatifs plaident pour une montée en puissance des moyens publics afin d'éviter que la situation sanitaire et sociale ne s'aggrave davantage.
À Marseille, la montée de la consommation de crack interroge autant les politiques publiques que le quotidien des habitants du centre-ville. Entre réponses d'urgence et besoin de politiques de long terme, la cité phocéenne attend désormais des mesures claires de l'État pour encadrer une crise aux multiples facettes.