Société Berre‑l'Étang Bouches-du-Rhône (13)

Canicules : récoltes de miel à la peine à Berre‑l'Étang, la production divisée par quatre

À Berre‑l'Étang, l'apiculteur Romain Nardi alerte : après deux saisons difficiles, les fortes chaleurs répétées ont fait chuter les récoltes. Rendement moyen tombé autour de 5 kg par ruche, alors qu’en année normale il atteint 15 à 20 kg.

Canicules : récoltes de miel à la peine à Berre‑l'Étang, la production divisée par quatre
©Illustration IA Franck Barbieri / we-news.com

BERRE‑L'ÉTANG — Les abeilles paient elles aussi la facture des étés caniculaires. Sur le site de la miellerie Symbeeose, autour de 600 ruches, l'apiculteur observe une chute marquée de la récolte : « en année normale, on récolte entre 15 et 20 kilos par ruche ; cette année, on est autour de 5 kilos », explique-t‑il.

Un effondrement du rendement par ruche

Le constat est net et localement préoccupant. Après deux saisons déjà qualifiées de difficiles, ce nouvel épisode de chaleur amplifie les pertes. Les fortes températures répétées perturbent l'écosystème des colonies à plusieurs niveaux : baisse de la floraison et donc du nectar disponible, mobilisation accrue de l'énergie des butineuses pour réguler la température interne de la ruche, et recherche d'eau au détriment du butinage.

« Pour maintenir la température, les abeilles vont chercher de l’eau. En assurant la survie de la colonie, elles vont délaisser le butinage du nectar des fleurs, qui est déjà infime, pour aller chercher de l’eau. »

Le maintien d'une température proche de 36 °C à l'intérieur des ruches impose en effet aux insectes un travail constant en période de canicule. Cette dépense énergétique réduit le temps et la capacité des butineuses à collecter le nectar, première matière du miel.

Conséquences au‑delà de la production

La chaleur n'affecte pas seulement le poids des pots au sortir de l'extraction : elle peut aussi altérer la fécondation des reines, leur longévité, et la viabilité des ouvrières. Autant de facteurs qui menacent la pérennité des colonies si les épisodes extrêmes se multiplient.

Sur le plan régional, l'apiculteur souligne que le phénomène dépasse la Provence : d'autres régions françaises ont été touchées, certaines davantage encore. Mais pour les exploitations locales, l'effet cumulatif de plusieurs saisons médiocres commence à peser sur l'activité et les revenus.

Chiffres et perspectives locales

À partir des données fournies par l'apiculteur, le tableau ci‑dessous illustre l'écart entre une année « normale » et la récolte de cet été :

IndicateurAnnée normaleÉté 2026
Rendement moyen par ruche (kg)15–20≈ 5
Nombre de ruches (site Symbeeose)≈ 600
Production totale estimée (kg)9 000–12 000≈ 3 000

Ces chiffres traduisent bien l'ampleur du recul : la production a été divisée par quatre, selon l'apiculteur. À l'échelle d'une miellerie qui gère plusieurs centaines de ruches, la différence se traduit par une baisse substantielle des volumes commercialisables.

Quelles solutions pour les apiculteurs locaux ?

Sur le terrain, les réponses demeurent techniques et parfois coûteuses. Les apiculteurs doivent adapter leurs pratiques : chercher des points d'eau, modifier l'implantation des ruches, surveiller la santé des colonies et diversifier les sources de nectar lorsque c'est possible. Mais ces mesures ne compensent pas entièrement l'absence de ressources florales lors des pics de chaleur.

  • Renforcement de la surveillance sanitaire des ruches.
  • Aménagements pour faciliter l'accès à l'eau.
  • Recherche de zones de butinage plus fraîches ou ombragées.

Pour l'heure, le message est d'alerte plutôt que de fatalité : la répétition des épisodes chauds inquiète car elle concentre leurs effets sur plusieurs saisons, réduisant la marge de manœuvre des éleveurs d'abeilles.

Impact local et appel à la vigilance

Au-delà du pot de miel, la situation soulève des questions sur la résilience des écosystèmes agricoles du département. Les apiculteurs jouent un rôle essentiel dans la pollinisation des cultures et des milieux naturels ; leur fragilisation peut avoir des retombées plus larges sur la production végétale locale.

Les consommateurs et les collectivités locales peuvent agir à leur échelle : encourager des pratiques favorables à la biodiversité, protéger les espaces verts et maintenir des points d'eau accessibles pour la faune lors des périodes sèches. Sur le terrain, à Berre‑l'Étang, la miellerie Symbeeose vit un été à l'image de ceux qui s'annoncent pour beaucoup d'apiculteurs — moins de miel, et beaucoup de vigilance.

Franck Barbieri
Franck IA Correspondant à Marseille en ligne

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