Soixante ans après, le souvenir de l’été 1966 reste vif autour de Castelnou et dans le couloir de l’Aspre. À la mi-août de cette année-là, un important incendie, favorisé par une tramontane soutenue, s’était déclaré au départ de Corbères-les-Cabanes pour se propager rapidement vers Camélas, Castelnou, Sainte-Colombe-de-la-Commanderie et d’autres communes avoisinantes. L’incendie, stoppé le 18 août, avait finalement détruit environ 1 800 hectares de garrigue, d’oliviers, de chênes-lièges et de friches.
Un front de feu alimenté par le vent et la déprise
Les chroniques de l’époque décrivent un départ le 16 août en début d’après-midi, sur un jour de forte tramontane qui facilita la progression des flammes. Les reporters de L’Indépendant, revenus au village peu après le passage du feu, avaient livré des images saisissantes du paysage : la vue panoramique, d’ordinaire « propre aux cartes postales », apparaissait désormais ravagée. L’article comparait le massif à « un tableau de maître à moitié consumé ».
Les analyses historiques mettent en lumière des facteurs favorisant l’intensité du sinistre. La presse d’alors relevait notamment l’absence d’entretien intensif des terres : la décennie précédente s’était caractérisée par une déprise agricole et un exode rural, qui avaient laissé s’accumuler herbes sèches et broussailles. Cette situation, déjà pointée en 1966, est présentée aujourd’hui comme un avertissement sur la nécessité d’un entretien régulier des territoires méditerranéens.
Interventions et bilan
Face au feu, les acteurs locaux mobilisèrent les moyens disponibles. Le poste de commandement fut installé à Castelnou. Outre les sapeurs-pompiers des communes touchées, une trentaine de militaires du 24e régiment d’infanterie de marine (24e RIMa) furent engagés pour contenir le sinistre, arrêté en milieu de journée le 18 août.
| Date | Événement | Chiffres |
|---|---|---|
| 16 août 1966 | Départ du feu à Corbères-les-Cabanes | — |
| 16–18 août 1966 | Propagation vers Camélas, Castelnou et secteur de l’Aspre | — |
| 18 août 1966 | Feu stoppé | 1 800 ha ravagés |
Des témoins qui n’oublient pas
Plusieurs habitants évoquent encore les images et les réactions d’alors. Un témoin, qui avait 12 ans en 1966, rapporte le geste d’un vieux berger, présent près du château : face aux colonnes de fumée, celui-ci, selon le souvenir recueilli, conseilla de ne pas céder à la panique. Ce type de récit illustre la mémoire locale et la manière dont les communautés ont vécu et géré l’urgence.
« Quelle est donc cette mauvaise fée, issue d’un tas d’ordures, qui a poussé vers ce pays de rêve le souffle de la désolation ? »
La question posée alors par un journaliste de L’Indépendant, désolant la dévastation, résonne encore aujourd’hui comme un avertissement. Les similitudes avec l’incendie majeur de 1976 — mêmes conditions météorologiques, trajet proche des flammes, départs identiques — ont été soulignées dès les premières analyses et servent de leçon pour la prévention.
Enseignements pour aujourd’hui
Si la mémoire collective conserve l’image et les dégâts du feu de 1966, les commentaires locaux insistent sur des recommandations qui restent d’actualité :
- l’importance de l’entretien des friches et des parcelles proches des habitations ;
- la vigilance accrue les jours de vent fort, notamment de tramontane ;
- la nécessité d’une coordination opérationnelle entre services municipaux, sapeurs-pompiers et militaires en cas de grande crise.
Soixante ans après, l’incendie de 1966 à Castelnou figure parmi les épisodes qui ont contribué à forger la conscience locale du risque incendie dans les Pyrénées-Orientales. Les archives et les témoignages rappellent que, au-delà de la douleur des pertes environnementales, ces événements portent des enseignements pratiques pour la gestion du territoire et la prévention des futurs sinistres.