Handicap International tire la sonnette d'alarme : la récente réduction des financements internationaux constitue selon l'ONG « la contraction de l'aide la plus brutale de l'histoire moderne » et expose les personnes en situation de handicap à une augmentation des exclusions et à un accès restreint aux services essentiels.
Un recul spectaculaire de l'aide en 2025
Dans une enquête menée dans plus de 35 pays et diffusée depuis Genève, l'organisation met en regard la chute globale des flux d'aide avec son impact concret sur la capacité des acteurs locaux à assurer soins, réadaptation et accompagnement. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mesuré une baisse de 23,1 % de l'aide mondiale en 2025, la réduction annuelle la plus marquée jamais enregistrée.
Parmi les bailleurs principaux, des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France ont réduit leurs budgets alloués à l'aide, selon l'enquête. Handicap International souligne que ces décisions de politique budgétaire ont des conséquences tangibles pour des populations déjà fragilisées.
Conséquences directes pour les personnes et les structures
L'étude documente des effets en chaîne : fermetures d'activités, interruptions de programmes essentiels, diminution de l'accès à la réadaptation et aux services de santé et sociaux. Daniel Suda-Lang, directeur de HI Suisse, insiste sur le lien entre coupes budgétaires et atteinte aux droits et à l'autonomie des personnes handicapées :
« Chaque réduction budgétaire a des conséquences humaines : elle peut priver certaines personnes de l'accès à la réadaptation, à l'éducation, aux soins de santé ou aux services d'accompagnement indispensables à leur autonomie. »
Les chiffres recueillis par l'enquête traduisent la gravité de la situation pour les organisations elles-mêmes :
- 79 % des organisations de personnes en situation de handicap ont subi des réductions de financement « sévères ou très sévères » au cours des 18 derniers mois.
- 72 % ont annulé ou suspendu au moins un programme ou une activité.
- 43 % déclarent une capacité faible ou très faible à poursuivre leur mission.
- 14 % estiment risquer la fermeture définitive si les tendances actuelles se poursuivent.
Un risque d'exclusion croissante
Pour les personnes concernées, l'arrêt ou la réduction des services signifie non seulement une détérioration des conditions de vie, mais aussi une mise en péril de l'autonomie et, dans certains cas, de la survie. L'ONG met en garde contre une « exclusion croissante » si les réponses internationales ne sont pas ajustées rapidement.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Baisse de l'aide mondiale (2025) | −23,1 % (OCDE) |
| Organisations touchées par réductions sévères | 79 % |
| Organisations ayant annulé/suspendu des activités | 72 % |
| Organisations à faible capacité de poursuite | 43 % |
| Organisations en risque de fermeture | 14 % |
Le rapport d'Handicap International n'appelle pas seulement à une prise de conscience : il souligne que derrière les pourcentages se trouvent des services de réadaptation, des soutiens éducatifs et des soins qui, s'ils disparaissent, aggravent les inégalités et entravent les progrès pour l'inclusion.
À un moment où les arbitrages budgétaires des grands pays donateurs modifient la carte de l'aide au développement, l'enquête met en lumière le risque que ces choix creusent davantage la vulnérabilité des groupes déjà marginalisés. La question posée aux responsables politiques est simple et pressante : maintenir les engagements, ou accepter que des droits et des vies soient menacés.
La publication de ces données intervient alors que les débats sur la priorité donnée à la solidarité internationale et à l'aide publique redoublent d'intensité au sein des capitales et des institutions internationales. Pour les organisations et les personnes que l'ONG représente, l'enjeu est désormais de transformer l'alerte en mesures concrètes afin d'éviter des ruptures irréversibles dans l'accès aux services essentiels.