Un rendez‑vous annuel pour ne pas oublier
Le 16 août marque chaque année la mémoire d’un des pires drames ayant frappé la Martinique : le crash d’un avion de la compagnie West Caribbean au Venezuela en 2005, qui a coûté la vie à 160 personnes, dont 152 Martiniquais. Pour la 21e année consécutive, l’Association des Victimes de la Catastrophe Aérienne (AVCA) a organisé une journée de commémoration sous la forme d’un circuit à travers plusieurs communes de l’île, afin de rendre hommage aux victimes et de soutenir les familles.
Parmi les étapes figurent Rivière‑Pilote, Ducos, Fort‑de‑France, Basse‑Pointe et Saint‑Joseph. Des hommages parallèles se sont tenus en région parisienne, soulignant l’ampleur des pertes humaines et l’importance de cette date pour la diaspora martiniquaise.
La douleur intacte des familles
La commémoration à Fort‑de‑France a été marquée par des témoignages de proches. Francine Félicité‑Dargenton, présente lors des hommages, a perdu plusieurs personnes dans l’accident. Pour elle, participer reste essentiel, malgré la souffrance renouvelée par chaque cérémonie :
« C'est une souffrance qui est ravivée à chaque fois, mais c'est pour ne pas oublier que mon père, ma belle‑mère et beaucoup d'amis sont partis dans ce crash, dans cet avion poubelle, et que la justice ne fait rien. »
Cette formulation reflète une colère et une incompréhension encore présentes vingt‑et‑un ans après la tragédie. Francine insiste sur la nécessité de « défendre la mémoire » des 152 Martiniquais disparus et de maintenir leur souvenir vivant à la Martinique et au‑delà.
Des lieux de mémoire dispersés
Les familles et les associations ont érigé plusieurs stèles commémoratives pour garder une trace collective de la catastrophe :
- une stèle au cimetière du Père Lachaise (Paris) ;
- une stèle au Venezuela ;
- des stèles dans « la plupart des communes de Martinique » ayant perdu des citoyens.
Ces lieux de mémoire témoignent de l’éparpillement des victimes et du besoin d’un rituel partagé pour permettre le deuil, même si la douleur et les questions restent vives dans les familles.
La recherche de responsabilités et le ressentiment envers la justice
Au‑delà du recueillement, la question de la responsabilité demeure centrale pour de nombreux proches. Dans son intervention, Francine Félicité‑Dargenton dénonce ce qu’elle perçoit comme un manque d’action judiciaire : « la justice ne fait rien », affirme‑t‑elle, estimant que des responsables, encore vivants selon elle, n’ont pas été retrouvés ou sanctionnés.
Ce sentiment d’inachevé alimente un engagement militant de longue durée parmi les familles et l’AVCA, qui poursuivent des commémorations annuelles pour maintenir la pression morale et rappeler l’exigence de vérité et de responsabilité.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Victimes totales | 160 |
| Victimes martiniquaises | 152 |
Un rituel collectif aux dimensions locales et internationales
La tenue simultanée d’hommages en Martinique et en métropole illustre la portée du drame et la façon dont la mémoire s’inscrit aussi bien localement à Fort‑de‑France et dans les communes de l’île qu’au‑delà de l’Atlantique. Pour les familles, ces cérémonies sont autant d’occasions de rappeler la présence de l’absence, de témoigner publiquement de leur deuil et de faire vivre une mémoire partagée.
Si la commémoration permet un apaisement temporaire, elle ravive aussi des revendications. Les proches des victimes, rassemblés notamment au sein de l’AVCA, demandent que la recherche de responsabilités et les éclaircissements se poursuivent. À Fort‑de‑France comme ailleurs sur l’île, la journée du 16 août reste une date centrale du calendrier mémoriel, symbole d’un traumatisme collectif et d’une quête de justice qui demeure inachevée.