Face à la réactivation, au niveau national, d'un projet de consigne pour les bouteilles plastiques, le syndicat départemental des déchets Evolis 23 a réaffirmé lundi 7 septembre son opposition. Les élu·e·s du syndicat estiment que la mesure, qui serait facultative pour les collectivités, revient à monétiser un geste déjà bien installé dans la Creuse et risque de déstabiliser l'organisation locale du recyclage.
Un débat sur le sens du mot « consigne »
Pour Evolis 23, représenté notamment par Fabien Vrimont, vice-président en charge des déchets, le terme même de « consigne » est trompeur. Le syndicat distingue la consigne, qui implique la réutilisation directe d'un contenant, du procédé envisagé pour les bouteilles plastiques : une collecte suivie d'un recyclage industriel et d'une transformation de la matière.
« Quand on dit consigne, on parle d'un contenant qui sera réutilisé tel quel si on le ramène. Dans le cas des bouteilles plastiques, il faut de l'énergie pour transformer la matière pour en refaire une nouvelle bouteille. Ce n'est pas une consigne, c'est du recyclage », a expliqué Fabien Vrimont.
Cette distinction n'est pas seulement sémantique : elle conduit Evolis 23 à juger la mesure « inappropriée » pour la Creuse, où le syndicat assure déjà gérer un flux important de matières recyclables.
Un taux de recyclage jugé satisfaisant
Les chiffres avancés par Evolis 23 servent d'argument central : selon le syndicat, 70 % des bouteilles plastiques mises en circulation dans le département sont d'ores et déjà prises en charge et recyclées. Les 30 % restants proviendraient d'usages en dehors du domicile — manifestations, fêtes locales, consommations nomades — où la présence de solutions de tri est plus incertaine.
| Indicateur | Situation actuelle |
|---|---|
| Taux de bouteilles plastiques recyclées | 70 % |
| Proportion non recyclée (usage hors domicile) | ~30 % |
Ces performances, selon Evolis 23, reposent sur un maillage local de collecte et de sensibilisation jugé efficace, ainsi que sur des partenariats avec les industriels du recyclage.
Des machines déjà en place dans la Creuse
Le syndicat reconnaît cependant la présence de distributeurs et de bornes de reprise déjà implantés dans le département : certains supermarchés, notamment Intermarché à Guéret et à Dun‑le‑Palestel, disposent de dispositifs permettant de rapporter des bouteilles et d'obtenir un bon d'achat. Pour l'heure, leur usage est sans surcoût pour le consommateur, puisque la consigne n'a pas été généralisée.
Le système imaginé par l'État prévoit que des opérateurs privés installent et exploitent ces machines en échange de la gestion des flux, ce que les élu·e·s d'Evolis 23 contestent. Ils y voient une logique de privatisation partielle du traitement des déchets et une duplication coûteuse d'un service déjà assuré par la collectivité.
Des inquiétudes financières et organisationnelles
Au-delà de la terminologie, Evolis 23 redoute des conséquences pratiques : transfert de la responsabilité vers des opérateurs privés, coûts d'installation et d'entretien de distributeurs, complexification des circuits de collecte et possible baisse des ressources affectées au tri et à la sensibilisation locale. Le syndicat s'interroge également sur l'efficacité réelle de la mesure pour capter les 30 % d'usage hors domicile.
En l'état, Evolis 23 demande que toute décision tienne compte des dispositifs déjà en place et des spécificités territoriales de la Creuse — densité de population, lieux de rassemblement, habitudes de consommation — afin d'éviter une mesure standardisée inadaptée aux réalités locales.
Ce que cela signifie pour les habitants
Pour les usagers creusois, le message du syndicat est clair : continuer à trier correctement et utiliser les infrastructures existantes. Si la consigne venait à être proposée localement, son déploiement devrait être précédé d'une information précise sur son fonctionnement et ses impacts éventuels sur la collecte municipale.
- Point central d'Evolis 23 : la « consigne » proposée n'est pas une réutilisation directe mais un recyclage industriel.
- Situation actuelle : 70 % des bouteilles plastiques recyclées dans le département.
- Dispositifs existants : bornes en supermarchés à Guéret et Dun‑le‑Palestel.
Les prochains jours permettront de savoir si les collectivités creusoises choisiront de se déclarer volontaires pour expérimenter le dispositif ou si elles suivront la recommandation d'Evolis 23 et privilégieront le renforcement des filières existantes.