À Quenza, la mobilisation des propriétaires privés du massif d'Argiavara prend une forme collective inédite : après plusieurs années de concertation, ils se sont réunis en assemblées générales pour préciser le cadre juridique d'une future association syndicale de gestion forestière (ASGF) destinée à encadrer la gestion et la protection du périmètre forestier.
Un regroupement né d'une situation foncière complexe
Le massif concerné — inscrit au cœur du secteur de Bavella — est caractérisé par une situation foncière fragmentée. Les propriétaires expliquent qu'ils ne parviennent pas toujours à déterminer précisément les limites de leurs parcelles, un facteur qui réduit leur capacité d'action individuelle sur la forêt. Depuis 2020, ils ont engagé un processus d'organisation collective visant à retrouver cette capacité d'action.
Trois associations, créées à l'échelle locale et couvrant des secteurs distincts du massif, ont été constituées pour structurer cette démarche : Argiavara Suttana, Argiavara Suprana–Pampalona et Bavella–Caracutu. Ces trois entités se sont rassemblées sous la bannière de la fédération Pà Bavedda, présidée par Vincentello Colonna d'Istria, âgé de 37 ans.
| Structure | Rôle |
|---|---|
| Argiavara Suttana | Association locale de propriétaires |
| Argiavara Suprana–Pampalona | Association locale de propriétaires |
| Bavella–Caracutu | Association locale de propriétaires |
| Pà Bavedda | Fédération regroupant les trois associations |
Du projet local à une structure reconnue par l'État
Lors des assemblées générales tenues à Quenza, les adhérents ont travaillé sur les modalités qui permettront de transformer ce regroupement en une ASGF officielle. Le calendrier prévoit la finalisation des statuts et du règlement intérieur de la future entité avant le dépôt du dossier auprès des services de l'État.
Cette phase administrative donnera lieu à une instruction de dossier, qui comprendra notamment une enquête publique. Les porteurs du projet estiment que l'ensemble de la procédure pourrait encore demander jusqu'à deux années avant d'aboutir à une reconnaissance formelle et opérationnelle de l'ASGF.
Un héritage familial et des compétences locales
Le dossier est le fruit d'un engagement débuté par des acteurs locaux et des membres d'une même famille : l'initiative a été lancée par Charles Colonna d'Istria, architecte passionné d'histoire aujourd'hui décédé, puis poursuivie par Antoine Moreaux Colonna, présenté comme généalogiste foncier et secrétaire général du syndicat. Cet ancrage local et familial confère au projet une continuité et une connaissance fine du terrain et des problématiques foncières, très utiles pour parvenir à une gouvernance partagée.
Objectifs concrets et enjeux pour l'île
Parmi les objectifs attendus de la future ASGF figurent la clarification des limites parcellaire, la coordination des actions de gestion et de protection, ainsi que la mobilisation de moyens pour préserver le massif face aux risques d'incendie, d'érosion ou de dégradation écologique. Pour la Corse, où la propriété privée domine de larges superficies forestières, ce type d'initiative illustre la manière dont les habitants cherchent à concilier droits fonciers et intérêt général environnemental.
- Clarifier les limites et les responsabilités entre propriétaires
- Élaborer une stratégie collective de gestion durable
- Obtenir une reconnaissance administrative pour accéder à des dispositifs d'accompagnement
Temps long administratif
Les promoteurs ne cachent pas la complexité de la trajectoire administrative : la formalisation d'une ASGF implique des étapes obligatoires, dont l'enquête publique, qui permet d'associer les collectivités et les autres parties prenantes. Le calendrier annoncé — jusqu'à deux ans — traduit la prudence et la nécessité de bâtir un dossier solide pour éviter des contestations ultérieures.
À Quenza et dans les villages environnants, l'initiative suscite un intérêt marqué : elle est perçue comme une réponse locale à des enjeux globaux — gestion des espaces forestiers, prévention des risques et préservation d'un patrimoine naturel et paysager cher aux Corses.
La fédération Pà Bavedda doit maintenant traduire en textes les ambitions esquissées et porter le dossier devant l'administration. Du signalement des limites cadastrales à l'acceptation par l'État, la route reste longue mais la mobilisation collective montre que, sur l'île, les propriétaires peuvent se structurer pour défendre et gérer ensemble leurs forêts.
Pascal Santini, correspondant en Corse