Sur une parcelle bordant le Clain, dans une impasse de la Promenade des Cours à Poitiers, un potager a changé de statut : loin de n’être qu’un lopin de terre, l’îlot merveilles est devenu un espace communautaire et solidaire où alimentation, écologie et lien social s’entrecroisent.
Une fondatrice venue du théâtre
À l’origine de ce projet, Isabelle Feuillet, ancienne metteuse en scène et directrice d’une compagnie. Son passé artistique irrigue le lieu : l’attention portée aux personnes fragiles, la mise en scène d’actions collectives et la volonté d’inventer des parcours partagés. Selon la présentation faite par ses proches et bénévoles, le jardin fonctionne aujourd’hui comme un « terrain d’observation et d’expérimentation » où des personnes en situation de vulnérabilité retrouvent progressivement place et rôle au sein d’un groupe.
Une pratique agricole pensée pour le vivant
Les cultures de l’îlot merveilles reposent sur des principes affirmés : permaculture et agroforesterie. Les parcelles accueillent une diversité de plantes et d’arbres, cultivés sans pesticides, dans une logique de résistances et de cycles naturels. Le jardin produit notamment salades, tomates, concombres, courgettes, mais aussi des baies de goji, des nèfles et des nashis (poires japonaises).
- Techniques : permaculture, agroforesterie, culture sans pesticides.
- Productions : salades, tomates, concombres, courgettes, baies de goji, nèfles, nashis.
- Objectifs : lien social, réinsertion, apprentissage de pratiques durables.
Le propos est résumé sans détours par l’une des phrases partagées par l’équipe :
« Le jardin, c’est nous »
Cette formule, reprise par des bénévoles et des participants, marque l’appropriation collective du lieu et la reconnaissance mutuelle entre personnes aux profils divers.
Un lieu de réinsertion et de mixité
Le jardin ne se limite pas à la production maraîchère : il est présenté comme un espace de socialisation où se tissent des relations entre habitants, bénévoles et personnes accompagnées. Isabelle Feuillet observe que des adultes ayant connu la précarité ou des parcours « vulnérables » deviennent progressivement acteurs de leur propre réinsertion en trouvant dans le jardin des responsabilités, des routines et des échanges valorisants.
La philosophie du projet se lit aussi dans une phrase qui mêle lucidité et humour social :
« On est tellement pauvre qu’on ne peut être que vertueux »
Cette remarque illustre une double réalité : la contrainte de moyens et la volonté de transformer cette contrainte en choix éthique, en privilégiant des pratiques respectueuses de l’environnement et de la dignité des personnes.
Conséquences locales et enjeux
Pour le quartier et la ville de Poitiers, l’îlot merveilles constitue un exemple concret de réappropriation d’un espace public riverain au profit d’une dynamique citoyenne. Plusieurs enseignements se dégagent sans extrapoler :
- Le projet favorise des approches de soutien non médicalisées de la vulnérabilité, centrées sur l’activité collective.
- Il contribue à la biodiversité urbaine en promouvant des techniques de culture durables.
- Il offre un lieu d’échange intergénérationnel et interculturel, au bénéfice du vivre-ensemble local.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom | îlot merveilles |
| Situé | Promenade des Cours, berges du Clain, Poitiers |
| Fondatrice | Isabelle Feuillet, ancienne metteuse en scène |
| Principes | Permaculture, agroforesterie, culture sans pesticides |
Sans prétendre que le modèle résout à lui seul les problèmes sociaux, l’îlot merveilles montre comment un projet local peut combiner écologie et solidarité. Les acteurs du jardin décrivent un processus graduel : la transformation des pratiques individuelles passe par le travail collectif, les apprentissages du quotidien et la reconnaissance des contributions de chacun.
À Poitiers, l’expérience de l’îlot merveilles illustre une tendance plus large : des initiatives citoyennes qui occupent l’espace urbain, recréent des proximités et inventent des réponses concrètes aux enjeux de pauvreté, de santé mentale et d’exclusion, tout en plaçant la transition écologique au cœur de l’activité partagée.